Deux pianos n’est qu’un brouillon inspiré d’un chef-d’œuvre absent.

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On voudrait y croire, à cette symphonie des âmes blessées. On voudrait que Deux pianos résonne comme une grande fugue sur le double, l’amour et la rédemption. Mais sous la virtuosité annoncée, tout sonne faux — trop composé, trop écrit, trop conscient de lui-même. Arnaud Desplechin filme les tourments comme on répète un concerto : avec application, mais sans feu.


La caméra, souvent, s’immobilise dans une pose qu’elle croit lyrique : reflet sur le vernis noir du piano, lumière dorée sur le visage de François Civil, silence appuyé. Mais le silence ici n’est pas tension : il est inertie. Le film respire mal, gonflé de symboles qui ne vivent pas. On devine ce qu’il voudrait dire — la mélancolie du retour, le vertige du double —, mais la musique des mots étouffe tout frémissement.


Civil, sincère mais corseté, peine à incarner Mathias : il joue la fièvre sans y brûler. Nadia Tereszkiewicz, pourtant magnétique, flotte comme un souvenir mal raccordé. Charlotte Rampling promène sa grâce spectrale, mais sa voix sonne comme une réplique d’un autre film — celui de Desplechin d’il y a vingt ans. Rien ne s’accorde. Les émotions ne trouvent jamais leur clé.


La photographie, superbe, devient prison : trop de brume, trop d’ivoire, trop de ce “beau” qui fige. Même le son — censé être âme du récit — s’efface sous une partition illustrative, comme un piano mal accordé qu’on n’ose pas toucher. On sent ce qu’aurait pu être le film : une méditation sur le double, sur la musique et la mémoire. Mais Deux pianos n’est qu’un brouillon inspiré d’un chef-d’œuvre absent.


Alors le spectateur s’égare, non dans le labyrinthe de l’âme, mais dans la lenteur. On attend le frisson, la dissonance, la grâce : elle ne vient jamais. À la fin, il ne reste que des phrases belles mais creuses, des miroirs sans reflet, et cette impression d’avoir entendu un long accord suspendu — sans jamais la résolution.


Ma note : 6 / 20


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Le-General
3
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le 15 oct. 2025

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