La musique et l'amour : deux intrigues parallèles semblent irriguer Deux pianos, à l'image du Rhône et de la Saône à Lyon, où se déroule l'action du film, avant de confluer. La fluidité narrative et l'élégance de la mise en scène confèrent à ce drame romanesque d'Arnaud Desplechin un charme indéniable, autour de cœurs désaccordés, sur les thèmes éternels de l'amour impossible et du triangle sentimental. S'y ajoutent tes états d'âme d'un musicien pour qui l'art de la fugue n'a pas de secret et les fantômes d'un passé qui reviennent sous les traits d'une nouvelle obsession. Deux pianos, qui prend pour modèles les splendides Elle et lui et Le temps de l'innocence, creuse son sillon romantique et largement mélancolique à l'aide de dialogues finement ciselés et d'un montage qui alterne scènes longues et brèves, moments faussement languides et instants d'éclat. François Civil et Nadia Tereszkiewicz jouent leur partition avec une grande subtilité, mais le bonheur vient aussi de deux seconds rôles somptueux : dans la flamboyance avec Hippolyte Girardot et dans la grandeur crépusculaire avec Charlotte Rampling. Mêlant adroitement cérébralité et dérèglement des sens, Deux pianos rejoint haut la main les plus belles réussites de son réalisateur.