Un film sur l'enfermement
L'enfermement dans une croyance aveugle dans un système politique qui a viré au totalitarisme.
L'enfermement des prisonniers politiques dans un dédale de portes, de verrous que l'on tourne, de clés qui tintent.
Le choix de filmer "au carré" prévient le spectateur : il n'y aura pas de plan large, comme un choix de ne pas élargir le champ de vision. La caméra est toujours fixe. Tout ce dispositif permet d'accentuer ce champ cinématographique de l'enfermement.
Le film prend son temps et use de l'attente comme un moyen de voir le délitement d'un pouvoir qui cherche des signes de réassurance en faisant tourner en rond les uns dans une prison ou les autres dans une alcôve avant d'avoir enfin un entretien avec un interlocuteur. Ce temps étiré accentue l'atmosphère kafkaïenne.
Le temps du film se subdivise en quatre partie : un prologue sur un prisonnier chargé de brûler les lettres des autres prisonniers, la visite du procureur à la prison, la visite du procureur au procureur général, le voyage de retour en train. A chacune de ces étapes la mise en scène insiste pour montrer comment le système carcéral, puis politique, écrase les individus et ne permet aucune expression dissidente.
La scène de la visite au Parquet général est lunaire et montre combien le personnage principal, si tenace soit il, ne possède pas les codes de l'univers dans lequel il évolue, ce qui le conduira irrémédiablement à sa perte. Et soudain une tombée inattendue de feuilles depuis un dossier dans un escalier interrompt un ballet sordide de serviteurs zélés d'un pouvoir en perdition.
La partie finale se clôt sur un retour à la prison et l'ultime plan sur une porte qui se ferme. Il n'y a décidément aucune sortie, aucune échappatoire, comme pour cet individu hagard et vidé de substance qui ne trouve même plus la sortie du Parquet général.
Un film implacable sur ce qu'est le totalitarisme et un avertissement pour nous dire combien il est important de sauvegarder la liberté d'opinion et d'expression.