Réalité crue et intime de réfugiés dans une cité

Publié initialement sur mon blog http://theacin.blogspot.fr/2015/08/dheepan-de-jacques-audiard.html


Afin de fuir la guerre civile qui fait rage au Sri-Lanka, Dheepan, un ancien soldat, se fait passer pour le mari de Yalini et le père de Illayaal, une jeune femme et une enfant. Tous les trois ne se connaissent pas, mais vont vivre ensemble à Poissy, une cité en banlieue parisienne. Ils vont devoir entretenir l'illusion d'une famille devant les institutions et s'adapter au climat de violence entre gangs qui sévit dans leur nouveau quartier. Dheepan doit faire face au trafic d'armes, au règlement de comptes qui le ramènent à la violence du Sri Lanka et à son passé de soldat. Yalini espère pouvoir continuer son voyage pour retrouver sa cousine en Angleterre, sans réussir à endosser le rôle de mère pour Illayaal. Cette dernière multiplie les efforts autant pour s'intégrer dans sa famille de substitution que dans sa nouvelle école.


Ce film de Jacques Audiard, palme d'or au Festival de Cannes 2015 donne la visibilité à des éléments sous-représentés au cinéma. La majeure partie des dialogues s'effectue en tamoul, langue assez peu représentée dans le cinéma occidental (source), et l'action prend pour cadre une cité française, un milieu social et géographique encore timidement utilisé.


Le cadre de vie difficile et les intérêts divergents du trio sont pleinement mis en lumière sans optimisme béat ni caricature à charge. Dheepan, Yalini et Illayaal évoluent dans un univers et une culture dont ils n'ont pas toutes les clés, s'adaptent ou se révoltent quand le spectre connu de la violence refait surface. Ces scènes, de la violence symbolique à la tuerie, sont contrebalancées par des moments de complicité inattendus. Il règne entre les deux adultes une atmosphère de tension érotique pudiquement développée au milieu du quotidien hostile. La famille factice parvient à trouver un certain équilibre, et Yalini comme Illayaal partagent des instants débarrassés du poids du mensonge.


Les personnages secondaires ne sont pas en reste, puisqu'ils illustrent et rythment la vie du quartier de Dheepan. Protecteurs, indifférents ou méfiants envers lui ou Yalini, ils consolident ou fragilisent les nouveaux repères du couple factice.Pris à parti, recueillant malgré eux les confidences, Dheepan et la jeune femme laissent la parole au complexe Brahim, récemment sorti de prison et qui domine une partie de la cité ou encore à Youssouf, figure apaisante du quartier.


Dheepan mérite amplement son succès à Cannes. La vision des 3 protagonistes de leur insertion dans un espace qu'ils espèrent provisoire n'est jamais édulcorée. En montrant la réalité crue d'un passage d'une violence de guerre à l'adaptation forcée à un nouvel environnement hostile, le film oblige les spectateurs à regarder ce qu'ils refusent de voir ou ignorent sur le sort des réfugiés. Même s'il n'est pas à vocation documentaire ou représentatif du quotidien des banlieues françaises, Dheepan a le mérite de se pencher sur ces questions grâce à une réalisation et un casting de qualité.

peggyara
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le 7 août 2015

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peggyara

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