Jacques Audiard est une machine à récompenses. Après sept Césars raflés par ses trois derniers films, le réalisateur décroche, avec Dheepan, la Palme d’or au Festival de Cannes 2015. Une récompense qui ne veut, certes, pas dire grand-chose et dont les critères d’attribution vont varier d’une année sur l’autre selon le jury. La Palme d’or permet toutefois de mettre un beau coup de projecteur sur Audiard.
Trois réfugiés Tamoul fuient leur Sri Lanka natal en proie à une guerre civile pour atterrir dans une triste banlieue d’Île-de-France. Avant le départ, ils obtiennent des passeports d’une famille disparue et doivent donc se faire passer pour eux. Audiard aime le cinéma viril. Ses deux derniers films, De rouille et d’os et Un prophète en avaient aussi dans le pantalon. Dheepan n’échappe pas à la règle. La vie de la banlieue où atterrissent Dheepan, Yalini et Illayaal est contrôlée par des dealers à la gâchette facile. Cette petite banlieue a rapidement des allures de Bagdad et la fausse famille se retrouve à nouveau au milieu d’une guerre forçant le soldat Dheepan à entrer dans le conflit toutes griffes dehors.
On peut reprocher à Audiard de tomber dans la facilité en utilisant la banlieue comme décor et sa violence comme catalyseur à l’évolution de Dheepan. La réalisation est toutefois maîtrisée et ce casting d’acteurs inconnus apporte beaucoup de sincérité et de spontanéité au récit.
Un gros coup de cœur pour les scènes dans la jungle avec cet éléphant sans âge. Une très belle représentation de Ganesh, divinité hindoue à tête d’éléphant de l’intelligence et de la sagesse. Des qualités qui se lisent dans le regard de ce majestueux animal se fondant dans ce décor paisible. Une représentation empreinte de mélancolie qui hante certainement les songes de Dheepan.
Dheepan est un film qui porte ostensiblement la marque Audiard. La formule marche toujours, mais est moins percutante à présent.