Du roman de Truman Capote, la qualité de l’adaptation n’est pas à estimer ici, les déroulements divergent, cependant, la beauté du film ne tient pas aux mêmes traits que celle de la nouvelle. D’un scénario, certes simple et inspiré d’écrits portés sur la solitude et l'impossibilité de l’attachement, on retrouvera à l’écran les couleurs, les lumières et l’ambiance d’une romance aux aspects comiques. Cette réunion d’effets esthétiques (Garde-robe Givenchy) vient enduire de nacre la mélancolie pensée par Capote.
Non pas que l’insoutenable légèreté d’Holly n’ait été effacée par B. Edwards, elle reste centrale, et s’incarne par ce chat sans nom, sans appartenance (“Poor slub without a name”). Holly est perdue, fuit son identité passée, vit dans un présent imposteur, et effleure l’espoir du futur. Là, dans une vie de superficialité marquée à la réalisation par des scènes très dynamiques aux couleurs vives, des instants de sensibilité, de réminiscence s’amorcent par Paul, jeune auteur lui aussi entretenu. Incarnant à la fois le vif souvenir et l’attente d’un frère aimé, ainsi que la crainte d’un futur attachement, des scènes aux ombres marquées se distinguent et la douleur irradie au travers des fissures de la nacre.
Une réalisation proche des émotions vient liserer le talent d’Audrey Hepburn dans cette incarnation d’une être sauvage, au fin tact social, et emprisonnée dans son illusion de liberté. Holly est perçue comme une figure féminine paradoxale, son indépendance, totalement incomprise par son ancien mari, lui parait essentielle. La féminité n’est pour elle qu’un rôle, une arme, mais pas une condition. Cependant, son autonomie apparente vient hâtivement se heurter à la réalité, sa dépendance économique masculine, la sécurité matérielle prime sur les espoirs de liberté totale ; Tiffany and Co sublime ce besoin, par son luxe, sa grandeur et son inaccessibilité - Le petit-déjeuner devant les vitrines.