"À défaut de contrôler la nature, on contrôle le narratif."


Marquant la première collaboration entre les talentueux Tom Cruise et Alejandro González Iñárritu, ce «Digger» donne lieu à une œuvre pour le moins clivante, mais ne pouvant vraiment laisser indifférent.


Dans la lignée d'un «Docteur Folamour» ou d'un «Don't Look Up», une farce frontale et assez féroce sur un monde creusant sa propre tombe en toute connaissance de cause.


Pour son premier rôle post-«Mission:Impossible», Cruise nous refait une "Les Grossman" et fait des étincelles, grimé cette fois-ci en vieux magnat du pétrole au look de cow-boy et ayant l'oreille du président des USA, métaphore du capitalisme borné, cynique et manipulateur, à l'origine de la catastrophe mondiale en cours, mais rejetant (à l'occasion d'un discours tonitruant) la faute sur les "consommateurs" plutôt que de se remettre en question ("C'est le prix à payer quand on fait du business.").


Incarné par une mise en scène à l'esthétique très soignée (dont quelques plans m'ont rappelé le cinéma de Wes Anderson) et un casting à l'énergie volontairement hystérique, une satire en huis clos à la fois grotesque et tragique sur l'hypocrisie des puissants de ce monde, gesticulant face à l'abîme qu'ils ont eux-mêmes créé.


Une satire au discours renforcé par la mise en abyme théâtrale qui la traverse (venant rappeler le précédent «Birdman» du même Iñárritu), et ce jusqu'à une conclusion (que je pressentais au cours du film) où le pire s'est déjà produit et où l'art devient une forme de catharsis pour les survivants.


Une œuvre singulière, qui ne plaira clairement pas à tout le monde de par le ton qu'elle emploie (comme le démontre son flop actuel au box office américain, nouvelle illustration d'une Amérique qui a bien du mal à se déplacer en salles pour regarder ses travers en face), mais un anti-blockbuster jusqu'au-boutiste au sein duquel un plateau devient un monde condamné d'avance.

Mieux vaut en rire qu'en pleurer ?


Bref, du cinéma de sale gosse (im)pertinent qui fait plaisir à voir, possédant une liberté de ton assez rare au sein du système hollywoodien actuel. 7,5-8/10.

Raphoucinevore
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il y a 3 jours

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