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le 29 sept. 2026
SuivreTom Creuse
Sans spoilerEn cette période incertaine où l’enchaînement des crises s'accélère en intensité et en fréquence, Alejandro Gonzalez Inarritu déploie dans son dernier film Digger un état des lieux des...
Iníarrítu m'avait ébloui avec Birdman, et il remet ça, de plus belle, avec Digger.
Dans ce film, porté par un Tom Cruise exceptionnel, il nous montre qu'il sait gérer les proportions stratosphériques avec sa mise en scène soignée, mesurée et précise dans les détails.
Ainsi, il ne vise ni la simplicité, ni un film classique, ni une réalisation simple. On retrouve un lien étroit avec Birdman, et l'amour d'Iñárritu pour le théâtre. Il aime nous faire (plus qu'un film) une mise en scène de théâtre au cinéma !
Je suis toujours autant ébloui par son génie d'écriture et d'imagination (même si certains personnages sont, bizarrement, en lien avec des personnages réels…). Il sait que le spectateur s'attend à la suite logique d'un film sur le personnage de Digger… sauf qu'il nous prend de court avec le revirement inattendu que prend le film. Ce que j'apprécie encore plus, c'est qu'il ne nous l'a signalé à aucun moment !
Encore tant pour vous de partir avant d'autres spoils...
Je vous ai prévenus :
Ainsi, installé sur mon siège, au moment où l'arbre tombe, un silence s'installe dans la salle obscure. Personne ne comprend ce qui se passe. Puis on découvre que le monde se renverse et que tout ce qu'on pensait sûr et vrai est faux.
De ce fait, comme si cela ne suffisait pas, il nous introduit une nouvelle facette de son film : le jeu d'acteur. Or, en essayant de nous transmettre une vision qu'il a sur de nombreux sujets passant de la pollution, de l'écologie, de l'Amérique, de l'Europe, de l'État, du rôle de "l'acteur/comédien", il présente là à la fois les plus grands points forts et les plus grands points faibles (malheureusement).
Et c'est la principale critique qu'on peux faire de ce film : qu'Iñárritu veut trop en faire. Il veut trop en faire, et trop en montrer, ne laissant même plus place au spectateur pour imaginer. Certains dialogues deviennent didactiques, au détriment de réelle poésie d'écriture. L'ambition de couvrir autant de sujets amoindries la cohérence globale. Tous les thèmes mériteraient chacun leur propre film plutôt que d'être entassés.
Mais j'en oublie mon esprit décodeur…
C'est pourquoi on va parler de la dimension esthétique. La photographie est sobre, avec des couleurs éteintes mais précises pour chaque tableau. Je pense ici surtout à la scène de "l'assemblée" en Europe. Il arrive à mettre en place une atmosphère distincte et sublime pour chaque scène. Sans oublier les décors... Ce sont des décors de théâtre ou de cinéma, sans qu'on sache vraiment. Des décors qui nous transportent. Des décors qui sont créés avec minutie, pour sublimer les instants magiques de cette création.
Il faut aussi parler du génie de réalisation... (je suis obligé !)
Ainsi, la scène durant laquelle le récif heurte le continent : il ne nous montre pas le choc en direct, car on n'en a pas vraiment besoin. Il nous montre la réaction des "hommes forts". Puisque, dans ce cas, il ne veut pas nous faire ressentir des émotions liées à la destruction et à la mort. Il titille notre curiosité, et tout le monde voulait le voir ce massacre ! Mais il nous le refuse. Il nous laisse contempler le visage de ces hommes, en plan large et en plan serré, pour voir ce que cela leur procure. On voit donc leur tentation de continuer à regarder (une attitude qu'on aurait aussi eue, au passage), leur désir entremêlé de peur. On peut voir que d'une part, ces "hommes forts" sont comme nous, mais qu'ils s'intéressent à la situation plus pour se divertir que pour autre chose (il critique alors la politique et les États-Unis au passage).
Ou, plus tard, à la fin, il a ce génie et ce culot de finir son film ainsi. C'est là qu'on comprend que c'est un réalisateur qui peut et sait prendre des risques. Tout au long du film, il brise 4ᵉ mur sur 4ᵉ mur, et à la fin, il nous adresse personnellement un message à : nous, spectateurs-trices. "Sortez de cette salle, retrouvez le jour, et profitez de la nature, tant qu'elle est comme nous la connaissons."
Le seul problème, comme je l'ai mentionné, c'est la multiplicité de sujets. Certains moments paraissent donc artificiels, construits pour servir un propos plutôt que de naître naturellement de l'intrigue. Le ton oscille parfois entre le grandiose et le maniéré, créant une distance avec le spectateur qui peine à s'investir émotionnellement dans toutes les couches du récit. Mais je n'arrive même pas à réussir à blablater sur ce point négatif. Ce film plaît ; il sait plaire par sa comédie ; il sait montrer, par ses plans et son écriture parfaite ; et il sait nous poser des questions sur le monde actuel.
Le film finit en plus en beauté, avec une question complexe : Peut-on se réjouir de la mort de quelqu'un ?
Ainsi, ce jour-là, j'ai vécu une superbe expérience, j'ai ri, j'ai même eu de la fierté qu'Iñárritu fasse certaines scènes. De mon point de vue, le cinéma est un mélange entre expérience personnelle et expérience collective. Ma note n'est peut-être pas à 100 % méritée, mais ce film a sa place dans mon cœur et dans mon esprit.
Pour moi, c'est un pétrolier 9/10
Cet utilisateur l'a également mis dans ses coups de cœur et l'a ajouté à sa liste Les films les plus attendus de 2026
Créée
le 8 oct. 2026
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le 29 sept. 2026
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