C'est souvent comme ça quand on souhaite qu'un dîner entre amis soit parfait, sans fausse note, sans drame, sans querelle de couple, aussi réussi que le clafoutis mythique de Tom, la véritable star de cette comédie : il y a toujours le boulet, ou la copine fouteuse de merde, qui s'incruste. Quand Sarah apprend que Jessica s'est imposée auprès de Richard et Beth pour venir à leur soirée, elle fait la tronche. Il faut la comprendre : ils vont devoir apprendre à tous que la maison, leur maison, aménagée par son architecte époux, va être vendue demain pour les sauver de la ruine, puisque Tom a investi toutes leurs économies dans un projet foireux. Sans encombre, la signature est pour demain. Alors, supporter pour ce dîner d'adieu l' autrice star de confessions érotiques et diva instable, qui n'a jamais cessé de faire du gringue à Tom, c'est trop.
Comme prévu, petites escarmouches, duels à fleurets pas si mouchetés que ça entre les couples, on sent que ces gens se connaissent par cœur, que ces répliques sont les mêmes depuis des années et, qu'à chaque fois, LE clafoutis réconcilie tous les convives, comme dans Le dîner de Babette. Sauf que cette fois, Jessica fait partie des convives, et après une ultime prise de bec avec Sarah, part bouder dans le jardin. Enfin, plus que bouder. Elle s'est pendue sur leur pelouse, la garce. Comment annoncer cela à l'acheteuse qui va demain signer pour la maison ?
Intitulé Dîner à l'anglaise sur les affiches françaises, le titre initial, The Trouble with Jessica, donne une idée plus juste du fil majeur de la comédie, en se référant directement au Trouble with Harry de Hitchock, car il s'agit là aussi de se débarrasser d'un cadavre importun. Découpée en scénettes : the Trouble with… les amis, les voisins, la police, les remords, etc., le film, comédie noire, s'articule comme une pièce de théâtre, facilement transposable sur les planches, puisque l'on ne quitte guère la maison. On s'esclaffe peu, mais on ricane beaucoup. Chaque personnage est tour à tour sympathique et exaspérant, dans ses obsessions, lâchetés et inconséquences : Tom et Richard, très "bons potes bons cons" ; Sarah, pruneau noir aux prunelles qui fusillent le monde, concentré de frustration et de ressentiment ; Beth, modèle de la bonne copine, parangon de principes, épouse emmerdante, qui va se métamorphoser peu à peu en dragonne vengeresse.
La fin, moqueusement morale, sur le thème "les enfants et le mariage d'abord", m'a fait tout de suite penser à celle dans The Great Gatsby, quand Nick épie la complicité retrouvée de Daisy et Tom, désormais et pour toujours partners in crime :
« They weren’t happy, and neither of them had touched the chicken or the ale—and yet they weren’t unhappy either. There was an unmistakable air of natural intimacy about the picture, and anybody would have said that they were conspiring together. »
Sinon, clafoutis aux cerises ou pruneaux ? À le voir, je pencherais pour le second, d'autant que la saison semble hivernale. Quant à la recette renversante qui fait toute la différence avec tous les cafoutis du monde, à vous de la trouver.