On va vite passer sur l'histoire : le film est écrit à la petite truelle et il me manque clairement une vraie menace plus incarnée que cet homme en noir fatigué joué par Colin Firth (encore que ça évite le cliché gentil/méchant) pour marcher à fond.
En revanche, le film est indubitablement très fort dans ce qu'il fait de l'imaginaire de Roswell. Il le traite comme un aspect totalement secondaire. Ça pourrait être n'importe quel cliché complotiste, n'importe quel secret, n'importe quelle théorie, qu'on ait découvert l'immortalité, qu'on vit dans la matrice ou dans une simulation ou dans le corps d'un titan colossal, peu importe, le conflit ne se trouve pas là mais dans le chemin heurté, et le travail sur soi que l'humanité doit faire pour arracher cette foutue vérité qui nous rapprochera tous et nous élever en tant qu'espèce.
C'est "Rencontre du troisième type" (encore que le film soit narrativement plus proche d'E.T.) après cinquante ans de désenchantement politique et médiatique. Et le regard de Spielberg est certes toujours d'un optimisme hollywoodien un peu gâteux, mais il est clairement moins naïf que dans "Rencontres".
Parce qu'en 2026, la révélation cosmique ne peut plus être l'Etat, le peuple et la science main dans la main. Ça c'est clairement terminé pour lui, d'ailleurs l'Etat et les scientifiques sont quasi absents du film ! Désormais c'est la sphère privée contre ses transfuges, ses apostats, et ceux qui sont maintenus dans l'ignorance. A partir de là, malhonnête de reprocher au film un discours soi disant réactionnaire, quand il nous dit clairement que la science et le commun ont été confisqués par la sphère privée.
Quant aux reproches sur la révélation finale, soi-disant pas crédible... J'ai envie de répondre bêtement : c'est du cinéma ! Et c'est quoi le cinéma ? C'est quoi le plus fort comme idée du cinéma : montrer ce moment de sidération collective, avec une présentatrice tellement bouleversée qu'elle en pleure en direct, ou nus montrer un montage de trois semaines de débats sur Fox News ?