Autant les théories du complot sont ridicules et dangereuses lorsqu’il s’agit d’expliquer le monde réel, autant, dans le cadre de la fiction, elles peuvent fournir de belles histoires. De JFK à X-Files, des Envahisseurs à la saga de BD Prométhée, elles peuvent être la base de récits passionnants, angoissants, voire impressionnants.
La mise en scène de la révélation est très fréquente dans le cinéma de Spielberg. Il faut se souvenir lorsque les protagonistes des Rencontres du 3ème type comprennent que la forme qui les hante, au point de ruiner leur vie privée, est celle d’une montagne vraiment existante. Il faut se souvenir de la première fois que l’on voit les dinosaures dans le premier Jurassic Park. Il faut assister à la résurgence des pouvoirs de Peter Pan dans Hook. Pentagon Papers ou The Fabelmans sont, à proprement parler, des films de révélation (dans des domaines très différents, certes). Spielberg sait ménager ses plans et sa construction dramatique pour instaurer une tension dramatique au moment de la révélation.
Disclosure day est, en cela, un film 100% spielbergien.
D’aucuns pourraient lui reprocher de ne pas se renouveler des masses. Le personnage incarné par Colin Firth n’est qu’un cousin de celui de Peter Coyote dans E.T. Quant à Margaret, elle fait beaucoup penser au personnage de Richard Dreyfus dans les Rencontres : les protagonistes des deux films ont une connaissance intuitive de quelque chose, une connaissance inconsciente qui leur est transmise, imposée, mais qu’ils ne comprennent pas et dont ils ne perçoivent qu’un minuscule aspect. Cependant, c’est sur d’autres aspects que Disclosure Day se démarque.
Comme le final des Rencontres, comme le formidable Arrival de Denis Villeneuve, Disclosure Day est un film sur la communication (thème éminemment lié à celui de la révélation : à quoi bon vouloir révéler quelque chose si on ne peut communiquer ?). La communication est au centre de l’action. C’est par des ruptures de communications que se manifeste l’activation du don de Margaret : elle s’exprime subitement en russe, en coréen puis, en direct, en langage extraterrestre. Elle devient incompréhensible à ceux qui croient la connaître (comme son chéri, interprété par le très bon Wyatt Russell, fils de Kurt), la communication est rompue avec lui, mais elle peut subitement se faire comprendre par des inconnus, voire des étrangers.
La communication, également, c’est celle qui s’établit entre Margaret et tous ceux qu’elle rencontre, une communication dont le processus est incompréhensible et qui semble avant tout fonctionner par empathie. Au demeurant, j’ai adoré le petit discours d’Hugo, qui fait l’apologie de l’empathie : certes, c’est un thème typiquement spielbergien, mais il est impossible, selon moi, de ne pas voir là un rappel adressé à un certain trillionnaire techno-fasciste qui prétend que l’empathie détruit la société occidentale. Spielberg nous rappelle que c’est l’empathie qui établit des liens entre les individus, que c’est là ce qui fait de nous des humains (une phrase, attribuée à Tolstoï, dit : « si tu ressens de la souffrance, c’est que tu es vivant ; si tu ressens la souffrance de l’autre, c’est que tu es humain »). Or, c’est par là que Margaret établit la communication avec les inconnus autour d’elle, en voyant leur souffrance et en voulant les aider à la résoudre. L’empathie est alors un signe distinctif de l’humanité, ainsi qu’un moyen de communiquer avec l’autre.
Les extraterrestres du film sont passés maîtres dans l’art de la communication. Le seul artefact présent dans le film est majoritairement employé pour établir des communications à distance. Et les deux personnages « dotés » ont eu chacun une forme différente de communication : par les émotions pour Margaret, et par les maths pour Daniel. Car dans ce film, les maths remplacent la musique comme langage universel (les deux langages étant liés, d’ailleurs).
Enfin, pour entrer en contact avec les hommes, les Aliens revêtent souvent la forme d’animaux. Une façon douce de nous approcher sans nous effrayer.
Enfin il faut rappeler que l’action du film se déroule alors que le monde est au bord d’une guerre avec la Corée du Nord, la guerre étant par définition la rupture de la communication entre deux Etats. Il s’agit donc, finalement, d’apprendre à communiquer.
Disclosure day est un film passionnant. Spielberg a ici un sens du rythme et de la narration qui est formidable. Action, émotions, énigmes, complots, drames personnels et universels, tout un réseau complexe se tisse devant nous, sans jamais alourdir le récit.
Mais le meilleur, dans tout cela, c’est que David Koepp nous a sorti un très bon scénario (ce n’est hélas pas toujours le cas), avec des réflexions très intelligentes. Film sur la communication, Disclosure Day parle aussi de l’empathie, de la religion et de la foi, de l’identité, du rôle essentiel des lanceurs d’alertes, et de plein d’autres choses encore. Spielberg a fait un film brillant. Une fois de plus.
(le titre de mon avis provient de la fameuse citation du poète latin Térence : Je suis homme et je pense que rien de ce qui est humain ne m'est étranger. Je pense qu'à travers le personnage de Margaret, c'est l'un des messages que Spielberg veut nous faire passer dans ce film)