Le grand public qui s’est déplacé pour aller voir le dernier Spielberg en espérant voir un bon divertissement SF sera déçu, parce que le résultat est très loin du talent habituel du Maître du genre incontesté.
Mais les gens un peu intéressés par phénomène OVNI depuis le fameux article du New York times en 2017 et la parution de vidéos déclassifiées de l’armée américaine, et en particulier depuis les déclarations de David Grush seront non seulement déçus mais frustrés par le résultat.
Alors que depuis 3 mois des membres du sénat US font déclassifier des vidéos floues d’orbes, de drones et d’objets indéterminés et que de nombreux militaires et de politiques américains de tous bords sortent du bois pour dire “oui ils existent”. Il était temps qu’un film s’y intéresse, et pas un docu douteux (“age of disclosure”, “moment of contact”).
Mais entendons-nous bien cette histoire de déclassification et de lanceurs d’alerte est absolument géniale peu importe la vérité dans le fond, car l’alternative quelle suppose est du matériel en or massif pour un film. Faisons le point :
- Hypothèse A. Ils existent. Oui. Ils sont petits gris, et ne portent jamais de sous vêtements. Ils nous observent depuis longtemps. On sait pas s’ils viennent d’une autre planète, ou d’une autre dimension, ni pourquoi ils passent autant de temps aux USA, ni pourquoi ils se crachent de temps à autre comme des franco marocains pendant un GO FAST en Andalousie. Mais voilà, nous ne sommes plus seuls dans l’univers, ça bouleverse toutes nos croyances, notre science, notre industrie, notre place dans l’univers et donc notre survie dans l’hypothèse où ils se planquent pour nous faire un sale coup.
Ne me dites pas que c’est pas un p.... de pitch de film (ou au moins un sujet de C dans l’air) ça Madame.
- Hypothèse B. Ils n’existent pas. Navrés mais c’est une énorme blague qui a débuté en 47, et que les militaires US se sont fait un malin plaisir d’entretenir pour faire croire aux Russes (puis aux Chinois) qu’ils possèdent un matériel alien de pointe parfait pour faire monter la chaleur de 80 degrés en Sibérie en moins d’une demi seconde. De plus, les services secrets US se servent de la rumeur extraterrestre pour tester de la fiabilité de leur agent ! “Michael ne le dis à personne mais on a un petit gris dans la zone 51”. Ledit Michael répetant autour de lui que les petits gris sont en Erasmus dans le Nevada, sera donc jugé peu fiable par l’Oncle Sam et recalé (vraie pratique des services de renseignement).
La croyance étant accentuée par les innombrables signalements à travers le monde de gens qui croient (espèrent) témoigner d’un événement extraordinaire et donc de l’être un peu eux-mêmes par voie de conséquence. Le plus souvent, ils se trompent, et les lumières sont mal interprétées.
Bref, c’est une opération psychologique de masse, sur X générations. Un véritable sport américain.
Et la seconde option, ferait un film absolument exceptionnel. Imaginez donc : des milliards de dollars du budget de la défense évaporés dans des programmes secrets servant à étudier de fausses soucoupes écrasées, des lanceurs d’alertes spécialistes du contre espionnage (Lu Elizondo) qui mentent aux congrès et risquent la prison pour parjure afin de faire entrer leur bouquin dans les top ventes d’Amazon, d’anciens Amiraux de la Marine qui suivent les ordres absurdes de leur hiérarchie (“ Tim vous allez faire des interviews pour dire que vous avez vu des engins se déplacer sous l’eau à Mac2 en faisant moins de bulles que le jacuzzi de Laurent Mariotte), Amiral (Tim Gallaudet) au passage complètement frapadingue puisqu'il croit aux fantômes, aux anges et aux démons...
Les véritables auditions au congrès ont fait apparaitre un labyrinthe bureaucratique démentiel, avec des SCIF, des clauses de confidentialité, des risques d’emprisonnement et de la paranoïa généralisée. Un canulard élaboré et sans faille depuis des décennies qui ferait intervenir des tas de gens très sérieux pour nous expliquer des trucs délirants : des contractants de l’aéronautique (Lockheed Martin) auraient récupéré du “matériel exogène” pour l’étudier et progresser au détriment des concurrents, des programmes spéciaux visant à cultiver le “remote viewing” des entrepreneurs dans l’aérospatial (Bigelow) remportent un appel d’offre du gouvernement US et raflent ainsi la mise, se goinfrant à pondre des rapports sur des phénomènes paranormaux dignes d’X-files, des anciens des forces spéciales qui racontent leur récupération d’Ovni en forme d’oeuf à la coq géant. Tout-ça-est-fou. Faux probablement, mais FOU et donc digne d’intérêt, digne d’être raconté.
Peut-être même encore plus fou que l'hypothèse A en fin de compte. Et je ne comprends pas que seul Spielberg s’intéresse à cette histoire là. Un Fincher, un Soderberg (en mode comédie) pourraient proposer un film grandiose sur ces auditions et ce qu’il y a autour. Les Américains ont fait 656 films, séries sur le Watergate. Encore maintenant, ils sont en boucle sur cette histoire moyenne d’écoutes illégales alors que sous leurs yeux, une histoire encore plus folle se joue.
Paradoxalement l’une a fait chuter Nixon tandis que l’autre à tendance à améliorer la popularité de Trump (qui ne croit pas lui même au phénomène).
C’est donc louable de la part de Spielberg de se lancer là dedans, et c’est le seul truc à mettre à son crédit. Enfin c’est ce que je pensais avant d’aller voir le film et de réaliser que c’est juste un film de cavale avec des éléments SF, comme Midnight Special, mais en encore moins bien.
Il n’y aura donc aucune intrigue politique autour des points évoqués plus haut. C’est un film d’action à l’ancienne. Un récit lessivé, vu des dizaines de fois en plus ou moins mieux chiés ailleurs.
Kellner (Josh o’connor) tente de faire fuiter des ... clés USB ?! gorgées de vidéos faisant éclater la vérité : à savoir les états unis ont capturé des petits gris et s’amusent à les torturer, des pyramides dans le ciel dézinguent des avions de chasse qui s'approchent un peu trop etc.... Il est pourchassé par Noah (Colin Firth), un personnage mystérieux et puissant puisqu’il donne des ordres aux armées comme si c’étaient des vulgaires coursiers Uber eat. Il cherche à récupérer un vapoteur aux propriétés extraordinaires (seule référence au remote viewing d’ailleurs).
Et le “papa d’E.T”... tiens d’ailleurs c’est marrant cette appellation que j’entends tout le temps, j’imagine toujours Spielberg entrain de bourrer la maman d’ET en apesanteur, bref... stevie s’est fait plaisir en donnant le plus de temps à la vidéo reconstituant Nixon qui accueille le comique Jackie Gleason dans une base ultra secrète de Tampa pour lui montrer des cadavres d’aliens. Et en creusant bien notre équivalent national serait, Luc Besson qui filme Pompidou présentant la denrée de la soupe aux choux à Fernand Raynaud...
Le reproche adressé par beaucoup de spectateurs était que le film n’explore pas l’impact qu’une telle annonce pourrait avoir sur l’Humanité. Ca se limite à une lutte pour la vérité, menée par un couple dont le cerveau a été lavé par un Alien (dans les faits c’est ça). Et Spielberg chausse ses gros sabots pour parler religion à travers deux personnages forcément relous dont la foi est remise en question devant les fameuses vidéos.
C’est dans ces moments que l’on mesure la naïveté des scénaristes qui s’imaginent vraiment que les religions vont s’effondrer après une telle annonce. Ca fait des centaines d’années que l’Homme avance, et s'éclaire loin des préceptes religieux . La théorie de l’évolution aurait du signer un coup d’arrêt définitif à toute forme de foi et il n’en est rien. Est-ce que Spielberg craignait vraiment que les écoles coraniques au fin fond de l’Indonésie ou le Vatican ferment du jour au lendemain si Mac Lesguy faisait un selfie avec un mante religieuse de l’espace ? Les religions feront ce qu’elles ont toujours fait : elles s’adaptent aux connaissances de la science et même mieux, elles conquièrent et poussent dessus. Y a qu’à ouvrir tik tok pour s’en rendre compte....
Paradoxalement en cas d’annonce, les religieux s’adapteront plus vite à la nouvelle réalité que les gens normaux “rationnels” ou les scientifiques en raison du stigma (difficulté à évoquer le sujet de peur de passer pour un fou ou un débile léger).
Et c’est l’autre problème du film, et de cette grande scène de révélation, qui se voulait chargée d’émotion, et qui consiste en une communion instantanée, où les hommes découvrent émerveillés qu'ils ne nous sont pas seuls. Elle n’est pas émouvante pour deux raisons. Elle intervient tardivement, au moment où l’ennui a largement gagné le spectateur qui n’attend plus qu’une chose à savoir rentrer chez lui avant l’averse de 20h12. C’est une scène incroyablement longue et redondante. L’émotion est absente car la situation qui amène cela est plombée par trop d’incohérences : le sabotage enrayé par le pouvoir de la vapo de l’espace multi fonction, et l’arrivée en mode perdu de vue du petits gris qui fait en fin de compte la taille de Victor Wembanyama.
La vérité c’est que cette annonce aurait été plus crédible dans la société de Rencontre du troisième type, où la télévision avait une réelle place dans les foyers, et où la parole complotiste était moins répandue.
Il y a fort à parier que dans l'éventualité ou un extra terrestre débarquait sur le gazon de la maison blanche la plupart des gens ne sourcilleraient pas. La majorité croiraient à une parodie faite à l’aide de l’IA et les nouveaux conspirationnistes parleraient de nouveau projet Blue Beam. Tout bien considéré, eut égard au degré de scepticisme ambiant, de paranoïa et de haine décomplexée de notre prochain, notre époque actuelle est la pire possible pour faire une annonce de ce type - si on part de l'hypothèse A. Avec Trump au pouvoir, une divulgation catastrophique serait la plus probable.
Et sur le fond du message, Spielberg tend presque le bâton pour se faire battre. Car une lecture permet de penser que les Aliens sont une menace pour l’Humanité. Et le personnage de Colin Firth, devient le vrai héros du film qui tente de préserver les Hommes, en n’essayant jamais de tuer le couple Blunt - O’connor. Il appartienne à cellule terroriste chelou, montée par un gourou fasciné par le phénomène.
On ajoute à cela qu’ils ont été kidnappés quand ils étaient mômes parr les aliens, qu’ils ont été exposés à des expériences désagréables (les deux adultes sont traumatisés). Enfin, on ne sait strictement rien des intentions de ces créatures supérieures, puisque la fin du film se termine sur une prise de parole coupée d’Emilie Blunt.
Bon on imagine qu’elle va redire la phrase qu’elle avait prononcée au début “n’ayez pas peur”, mais avec un peu de mauvaise esprit, elle pourrait annoncer le pire, façon "Les enfants d'Icare" d'Arthur C Clarke.
Spielberg étant un indécrottable rêveur bienveillant, il laisse des indices évidents pour nous montrer qui sont les gentils et qui sont les méchants (et les méchants sont méchants parce qu’ils sont palots, et en deuil, d’ailleurs ils s’habillent en noir... Encore du symbolisme grossier).
Spielberg gâche son propre sujet, celui de sa vie, celui qui lui a donné le plus d’inspiration. C’est Messi qui rate son péno en coupe du monde. Dans les deux cas, il est temps de leur dire au revoir