Que dire de Disclosure Day ? C’est un film que j’attendais énormément. Déjà parce que c’est un Spielberg, mais aussi pour le thème qu’il aborde : l’annonce au monde entier de l’existence des extraterrestres.
Tout d’abord, malgré plus de 50 ans de carrière, Spielberg reste un immense maître du cinéma. Il continue de faire des merveilles avec sa caméra. Une fois de plus, il passe son temps à tourner autour de ses personnages, de ses véhicules ou de son décor, même lorsqu’il n’y a rien de particulièrement important à montrer ou à expliquer à l’écran. Pourtant, sa mise en scène reste toujours aussi vivante et captivante.
À titre personnel, j’ai trouvé le film bon. Mais plus j’y réfléchis, plus certaines qualités ressortent et plus certains défauts me frustrent. Au final, je ressors satisfait, mais également avec un sentiment de déception sur plusieurs aspects.
C’est au niveau de l’histoire mais surtout du lore que je reste sur ma faim. Ce qui est paradoxal, c’est que le film prend parfois le temps d’expliquer certains éléments de manière assez appuyée, avec des personnages qui exposent les événements de façon parfois un peu grossière. Pourtant, lorsqu’arrive le générique de fin, de nombreuses questions restent sans réponse.
**ATTENTION SPOILERS!
Par exemple, j’aurais aimé en apprendre beaucoup plus sur les extraterrestres eux-mêmes. Qui sont-ils ? Pourquoi sont-ils là ? Quel est leur objectif ? Pourquoi s’intéressent-ils à la Terre ? Si vous attendez des réponses à ces questions, préparez-vous à rester dans le flou. Le film se concentre essentiellement sur la réaction de l’humanité face à une telle révélation. C’est déjà un sujet passionnant, mais ma curiosité m’aurait poussé à vouloir explorer davantage le lore et les enjeux liés aux aliens eux-mêmes.
Cette frustration est d’autant plus forte que le film multiplie les éléments intrigants sans forcément les développer. On voit par exemple une vidéo où des extraterrestres semblent être invités par des humains sous une tente pour discuter, puis plus tard une autre séquence laisse penser qu’ils ont été torturés. Mais le film ne prend jamais le temps d’expliquer ce qu’il s’est réellement passé ni les conséquences de ces événements.
Même chose concernant les extraterrestres eux-mêmes. Pendant la majeure partie du film, ceux que l’on aperçoit semblent relativement petits. Puis arrive le grand final où l’alien principal fait une, voire deux têtes de plus que les humains. Est-ce une autre espèce ? Une autre catégorie d’individus ? Une simple différence physique ? Là encore, aucune explication.
C’est également pour cela que j’aurais aimé en savoir davantage sur tout ce que Wardex semble connaître depuis le début. L’organisation paraît disposer d’une quantité énorme d’informations, mais le film reste très vague sur ses connaissances réelles et sur ce qu’elle cache au public.
Autre point qui m’interroge : toutes les vidéos d’observations extraterrestres disséminées dans le récit. On comprend rapidement que de très nombreuses personnes ont déjà été témoins de phénomènes liés aux aliens et que la Terre semble avoir été visitée à de multiples reprises au fil des décennies. Mais qu’est-il arrivé à tous ces témoins ? Comment ces événements ont-ils pu rester relativement secrets malgré leur nombre ? Dans un film comme Men in Black, on accepte facilement l’explication du flash qui efface les souvenirs. Ici, on a l’impression que beaucoup trop de monde est déjà au courant pour que cela reste crédible, mais le film ne s’attarde jamais sur cette question.
Un autre aspect qui m’a moins convaincu est le côté « super-pouvoirs » des personnages de Josh O’Connor et Emily Blunt. J’aurais préféré que le film reste ancré dans quelque chose de plus terre-à-terre. Spielberg choisit pourtant de leur attribuer des capacités particulières qui leur auraient été transmises par les extraterrestres lorsqu’ils étaient enfants.
En réalité, ce n’est pas tant leur rôle dans l’intrigue qui me dérange que la nature même de ces pouvoirs. Cela donne au film une dimension très fantastique alors que j’attendais plutôt une approche science-fiction. J’aurais trouvé plus intéressant que ces capacités soient liées à une technologie extraterrestre ou à une explication plus scientifique. Là, la manière dont elles sont présentées évoque davantage le surnaturel.
Je comprends néanmoins ce que Spielberg cherche probablement à raconter. Il semble vouloir établir un parallèle entre les extraterrestres et les grandes croyances humaines. L’idée sous-jacente pourrait être que ces êtres sont à l’origine des mythes fondateurs de l’humanité, voire des figures divines elles-mêmes. Josh O’Connor et Emily Blunt deviennent alors une forme de messies chargés de transmettre un message, à l’image de Jésus, Moïse ou d’autres figures religieuses. Mais c’est une direction du récit à laquelle je n’ai pas particulièrement adhéré.
À la limite, le seul élément de cette réflexion spirituelle qui m’a vraiment parlé est le discours de la religieuse lorsqu’elle explique que l’Homme est la plus belle création de la Terre. Cela ouvre l’idée que Dieu pourrait être présent partout dans l’univers et avoir créé différentes formes de vie sur différentes planètes. Ce concept-là, je le trouve particulièrement intéressant.
Mais au final, j’ai l’impression que Spielberg s’éparpille beaucoup. Il lance énormément d’idées fascinantes sans toujours les approfondir. Les crop circles en sont un bon exemple : à un moment, l’un d’eux apparaît presque sous nos yeux dans un champ, puis le film passe à autre chose sans vraiment chercher à expliquer sa signification ou son rôle dans l’histoire.
**FIN SPOILERS
Au fond, Disclosure Day repose sur un concept absolument génial. Il y avait matière à construire quelque chose d’immense autour de la révélation de l’existence extraterrestre et de ses conséquences sur l’humanité. Mais j’ai le sentiment que Spielberg a préféré mélanger beaucoup de thèmes différents — science-fiction, religion, mysticisme, pouvoirs psychiques, théorie du complot — sans jamais en approfondir suffisamment aucun.
Cela reste un bon film, porté par la mise en scène toujours impressionnante de Spielberg et par une idée de départ passionnante. Mais je ne peux m’empêcher de penser qu’il y avait là le potentiel pour quelque chose d’encore plus grand. C’est sans doute ce qui me laisse ce sentiment étrange : j’ai aimé le film, mais je reste profondément sur ma faim.