Critique de "Disclosure Day", de Steven Spielberg.
Retour aux sources ?
Trente septième film du réalisateur, "Disclosure Day" montre une nouvelle fois tout le génie tant technique que narratif de ce cinéaste unique qui va marquer pour longtemps le Septième Art.
À presque 80 ans, Spielberg revient à ses premiers amours : la science fiction et en particulier l'existence des extra terrestres.
S'il n'en est ni la suite, ni un remake, "Disclosure Day" partage néanmoins une unité narrative et des questionnements avec son premier et merveilleux opus sur les aliens, "Rencontres du troisième type".
Dans "Rencontres...", Spielberg, alors âgé d'à peine 30 ans, tournait ses yeux vers le ciel pour nous raconter le premier contact avec une civilisation extra terrestre . Il jetait déjà les bases de son cinéma visuellement virtuose et narrativement foisonnant.
A l'instar de celle, spectaculaire, de "Rencontres...", la scène d'ouverture de son nouveau long métrage nous plonge directement dans le mystère et la paranoïa.
Daniel et Margaret
Dans un monde que l'on va vite découvrir proche d'un conflit global, Daniel Keller (Josh O'Connor) , un spécialiste en cyber sécurité, a volé des documents ultra secrets pour les rendre publics: ceux ci concernent l'existence d'extra terrestres et remontent jusqu'à 1947.
Noah Scanlon (Colin Firth) , directeur d'une agence pro gouvernementale, Wardex, ne l'entend pas de cette oreille. Pour lui, la divulgation de ces informations risquent de provoquer un chaos mondial. Une course poursuite va alors s'engager.
En parallèle, Margaret Fairchild (Emily Blunt) , présentatrice météo vedette à Kansas city voit sa vie basculer après un événement énigmatique . À partir de cet instant, elle va développer des capacités extraordinaires , comme par exemple, comprendre et parler des langues qu'elle ignorait jusque-là.
Il était une foi...
Le vingt et unième siècle sera religieux /spirituel ou ne sera pas aurait dit Malraux... Pour le réalisateur d'"E. T.", la question ne se pose pas en ces termes.
Film sur notre capacité à accueillir l'autre, "Disclosure Day" interroge aussi sur notre volonté de croire. Le Spielberg de 1978 a changé.
Dans "Rencontres..." puis dans "E. T." (voire dans "A. I."), la religion ou plutôt la spiritualité était évoquée de manière presque marginale. Ici, c'est une question centrale et la réponse de Spielberg est sans équivoque:. Comme le dit la religieuse du monastère où trouvent refuge les protagonistes, la vie ailleurs n'est pas incompatible avec la foi .
Depuis "La liste de Schindler", la question est centrale chez le cinéaste. Que ce soit dans "Jurassic Park", où l'homme joue à être Dieu en recréant les dinosaures, ou encore dans "Minority Report", ou la justice devient quasi divine en prévoyant le futur ou même dans "Ready player one" où le Dieu est virtuel, le réalisateur évoque ici sa foi en l'être humain.
Margaret Fairchild apparaît, un peu à la manière de la precog Agatha de "Minority Report" qui peut prévoir l'avenir, comme un personnage messianique. Les pouvoirs qu'elle révèle sont de l''ordre du quasi divin. Emily Blunt apporte toute sa douceur à l' interprétation de son personnage : elle y est lumineuse.
À travers elle, le film montre que nos peurs d'adulte ne sont rien d'autre que le résultat de nos traumas d'enfance
L'enfance, encore et toujours.
Car l'enfance reste au cœur du récit chez le cinéaste. Comme Pinocchio, ponctuait "Rencontres du troisième type" et "A. I." , ici c'est Blanche neige qui transparaît dans la magnifique scène du souvenir d'enfance de Margaret . Sa maison d'alors devient le décor d'où vont ressurgir les souvenirs d'un événement majeur pour les deux héros.
Il faut le croire pour le voir...
Véritable mise en abîme, "Disclosure Day" est aussi une réflexion de Spielberg sur son propre cinéma.
La candeur affichée par Margaret fait écho à celle de Roy Neary dans "Rencontres..." et la maison /décor ressemble furieusement à celle de Barry, l'enfant enlevé du même film. La ressemblance avec celle créée par les extra terrestres à la fin d'"A. I." (inspiré la encore par Pinocchio) n'est pas anodine non plus.
Certaines scènes sombres du film rappellent aussi "La Guerre des Mondes", l'un de ces films les plus noirs mais aussi et peut-être son plus politique à ce jour avec son évocation du 11/09 et de ses conséquences.
Spielberg revient sur ses films pour nous les faire appréhender et mieux éclairer son dernier opus.
Mettant l'empathie et la communication comme boussoles nécessaires à notre salut, "Disclosure Day" est un film idéaliste où le cinéaste explore à nouveau la rencontre avec l'autre en y intégrant une dimension philosophique, spirituelle et éthique : dans un monde au bord du chaos , et si l’enjeu n’était pas de juger l'autre , mais d’apprendre à communiquer entre nous pour l'accueillir ?
La scène finale et cette fin ouverte (qui va, à tort, en frustrer plus d'un) ne sont elles pas finalement logiques?
Le "Écoutez" de Margaret apparaît alors comme une épiphanie, une Révélation (le Disclosure du titre) que le monde attendait.
L'optimisme de Spielberg, que certains qualifieraient de naïf, se révèle surtout émouvant et salutaire.
Comment pourrait on lui en vouloir ?
Spielberg, l'unique.
"Disclosure Day" est un film ambitieux et adulte d'un cinéaste qui interroge et qui s'interroge. Visuellement sublime (magnifique photo de Janusz Kaminski) , et porté par des acteurs inspirés, le film délivre un message humaniste fort. Spielberg y prouve qu’il reste un conteur hors pair, capable de mêler spectacle, émotion et réflexion avec une aisance rare.
Un classique instantané.