Quatre ans sans film de Steven Spielberg, c'est rare. La dernière fois qu'il y a eu un tel hiatus entre deux œuvres du réalisateur légendaire, c'était à la fin des années 90 où, juste après le triomphe de La Liste de Schindler. Spielberg avait pris ce temps pour recharger les batteries et réfléchir aux suites à donner à sa carrière. Redevenir un entertainer ou garder cette aura de metteur en scène sérieux. Au final, il tentera les deux approches et livrera deux de ses films les moins inspirés - Le Monde Perdu et Amistad - avant de rebondir pour de bon. Aujourd'hui, il nous revient après The Fabelmans, autobiographie à peine cachée dans lequel le cinéaste se livrait comme jamais. Quatre ans plus tard, Spielberg revient à l'un des sujets phares de sa filmo, sa passion des extra-terrestres. Ce qui n'a jamais été un simple job pour lui, ses précédentes incursions dans le domaine ayant marqué le 7ème Art autant pour ses monumentales qualités artistiques que les thématiques sous-jacentes qui s'adaptaient aux obsessions et hantises de leur chef d'orchestre (l'abandon, le divorce, la paternité, l'altérité, le terrorisme). Et malgré l'âge -bientôt 80 ans au compteur- il a encore des choses à dire à ce sujet.
Disclosure Day n'est pas un film facile, pas de ceux qui vont envoyer la sauce comme La Guerre des Mondes. Il y a pratiquement la volonté d'aller sur de l'anti-spectaculaire pour tout centrer sur le cœur. Et c'est un peu le sujet d'ailleurs, aller vers l'autre, accepter l'inconnu et retrouver la foi. Ce faisant, il aborde frontalement l'existence extra-terrestre comme un sujet autant théologique que philosophique au lieu de plonger vers le thriller paranoïaque même s'il y fait inévitablement penser. Certains taxeront probablement le film de bondieuserie candide, et après tout c'est compréhensible. Mais je trouve le film plus intelligent dans le sens où il se refuse à opposer les dogmes et la science (représenté par le personnage de Josh O'Connor). Et à un autre niveau, ça fait du bien d'assumer une dimension humaniste et positive face à un standard de production cynique au ton post-moderniste horripilant. D'autant que Spielberg le revendique face à un monde qu'il dépeint de manière inquiétante, comme un reflet d'une période qu'il a bien connue enfant, la Guerre froide. Naïf oui, aveugle non. Et quant on en arrive à son outil de prédilection, le maître est toujours en grande forme.
"Anti-spectaculaire" était utilisé dans un sens sommaire. Parce qu'en termes de mise en scène, Disclosure Day est la preuve que son réalisateur est toujours cet expérimentateur de génie qui refuse la poudre aux yeux pour vous saisir avec des idées à tout-va. Dans la composition des cadres ou une idée de dialogue raccordée avec un mouvement rotatif ou encore un plan-séquence virtuose avant un bulletin météo, sans oublier son usage du drone hallucinant. Il y a même une scène onirique qui tranche radicalement avec la tonalité plus "réaliste" du long-métrage. Spielberg conserve une vitalité qui a de quoi faire des envieux (Francis Ford Coppola, au hasard) et les yeux sont régalés. Il y a quelques échos à Minority Report, Rencontre du troisième Type et Duel dans un de ces meilleurs passages. En dernier lieu, il offre toujours un boulevard à ses interprètes pour qu'ils brillent sous sa caméra. Josh O'Connor et Colin Firth ont du biscuit, mais c'est indéniablement Emily Blunt et Eve Hewson qui impressionnent. À elles deux, les comédiennes vous mettent le cœur au bord des yeux (je pense notamment à une courte scène de crise de panique). Alors certes, il y a quelques couacs sur la photographie de Janusz Kamiński qui abuse de flares (halo de lumière) et les effets visuels franchement peu convaincants. Fort dommage pour un pionnier comme Spielberg. Mais là où le long-métrage s'affaisse, c'est plutôt à cause de son scénario.
Disclosure Day ressemble à une redite du Jour où la Terre s'arrêta mais avec de vrais problèmes sur l'écriture de certains personnages secondaires évacués du récit sans façon et l'usage d'un artefact comme deus ex machina. Il est également regrettable que le contexte soit traité de manière aussi aléatoire. Censément nous ramener à l'hypothèse d'une troisième guerre mondiale imminente, on ne ressent pas vraiment le précipice vers lequel le monde semble se précipiter. En prime, le design des créatures paraît terriblement banal. Plus grave, son acte final est affreusement ringard dans sa vision du journalisme TV à un temps où il est très justement vilipendé pour ses lignes éditoriales biaisées et son éthique douteuse. En outre, il faut passer sur un nombre conséquent d'invraisemblances, et l'idée que finalement, tout ces moyens auront été déployés pour pas grand chose. Mais suffisamment pour faire retomber le film dans son dernier quart. Spielberg nous revient donc avec un film bancal, parsemé de belles idées mais trop brouillon et peu créatif pour se hisser au niveau des merveilles que son réalisateur a pu offrir au sujet extra-terrestre.