Comment peut-on parler de ce film comme d'une coquille vide ? D'une suite d'auto-citations ?
Ce film est magique tout simplement. On est dans du pure divertissement tout public qui aura de quoi ravir parents et adolescents. J'ai personnellement retrouvé ce monde enfantin et en même temps effrayant que j'ai quitté il y a bien longtemps, depuis l'ère pessimiste du cinéma qui a commencé au début des années 2000. Et il n'y a bien que les dinosaures de la réal, les fleurons de la caméra qui passé 70 ou 80 balais arrivent encore à me faire vibrer dans une proposition aussi familiale, hollywoodienne. C'est un pure film de grand spectacle généreux, intelligent, profond, un poil naïf mais tellement sincère qui nous est proposé. Certains sont devenus tellement cyniques, qu'ils ne voient dans ces propositions que de l'égo, de l'auto-satisfaction ou citation. Moi je vois ça comme un cadeau offert dans le seul but de nous émerveiller pendant plus de 2h30 et de nous donner un peu d'espoir.
Mais attention, le film n'oublie pas d'être étrange et singulier. Que ce soit dans sa forme, son scénario, son rythme, ses choix. Et oui Papy Spielberg en a encore sous le capot, on sent qu'il a envie de jouer avec les codes du genre (de différents genres même), il veut nous amener là où on ne l'attend pas, les scènes d'actions débridées sont parmi les plus surprenantes dans ce film à l'atmosphère au demeurant intimiste. Il joue comme avec un manège à brouiller les pistes, créer du mystère, sans jamais nous perdre avec la fluidité, la virtuosité qu'on lui connait. Il nous balade littéralement sans jamais nous mener en bateau et c'est là qu'on voit le vrai génie et la maturité de ces grands hommes, artistes et artisans véritables qui maîtrisent pleinement son sujet.
Spielberg les aliens il connait, ça le passionne depuis l'enfance, pas besoin de réinventer le mythe, pas besoin de nous les montrer sous toutes les coutures avec tous l'attirail technologique et grand-guignolesque. Spielberg déplace le point de vue et décide de nous raconter les derniers jours avant la révélation de l'existence de ces êtres venus d'ailleurs et sur ce que cela implique en nous-même, les questionnements, l'ébranlement des croyances et convictions, l'introspection, le doute, la peur mais aussi l'envie, la curiosité, l'espoir.
Le début du film est très bien construit. On va suivre les deux personnages centraux, d'abord Daniel qui va vivre comme un petit animal traqué avec sa compagne Jane, puis suivre le quotidien bouleversé de Margarett, le meilleur personnage de l’œuvre qui développe des capacités hors-norme et arrive à se connecter avec le monde qui l'entoure et qui va l'inciter à revenir à ses origines. Daniel (l'homme traqué) est tourmenté, vulnérable, mais fait du mieux qu'il peut non sans manquer d'un grand courage, là où Margarett est cash, pétillante et tout aussi déterminée car elle vient tout juste de trouver sa place par la révélation de ses nouvelles capacités. Ces deux personnages permettent au début du récit de créer deux tonalités bien distinctes. Deux mondes qui vont finir par se rencontrer notamment d'un point de vue cinématographique, deux manière de traiter un même sujet, par la peur, la tension et de l'autre côté l'humour et la légèreté. La dynamique de duo qui ne quittera pas l’entièreté de la structure narrative fonctionne à merveille. Daniel et Jane est un jeune couple qui se retrouve impliqué dans une histoire qui les dépasse et pourraient bien les éloigner (Jane étant en plus catholique, donc questionnement sur la religion, Dieu), Margarett et son mec paumé Jacskon, semblent avoir fait un bout de chemin ensemble et pourraient bien avoir besoin de prendre du recul. Hugo et Noah bien que les 3/4 du temps jamais ensemble dans le cadre, sont restés des êtres chers, éloignés par leur vision diamétralement opposée du monde...Et finalement va naître le duo salvateur de l'humanité lorsqu'enfin Daniel et Margarett sont retrouvent, permettant aussi à Spielberg de replonger dans l'univers de l'enfance, tout en jouant pleine balle la carte du film d'Ovni avec le fameux "enlèvement" dans une maison mystérieuse. L'occasion pour Spielberg de renouer un court instant avec l'onirisme dans une scène à la fois inquiétante et rassurante. En cela résonne le message entier du film qui est de nous dire que toute nouvelle données acquises, révélations dévoilées aussi bouleversantes qu'elle soit ne signifient pas forcément la fin d'un monde ou sa destruction mais au contraire l'éveil ou l'élévation de toute l'humanité. A noter cependant que la magie Spielbergienne a été entaché dans Disclosure Days, les petits hommes verts ayant été bafoués par une humanité dénuée de raison et voulant toujours tout contrôler, à cela s'ajoute le contexte politique actuel avec ce monde embrasé au bord d'un troisième conflit mondial, mais les talents de Spielberg et de Williams pour la BO, eux ne sont pas intact, même dans cette histoire plus intimiste.