Pour un premier film, le réalisateur Giacomo Abbuzzese a su déjà trouver une identité visuelle très marquante. Pas seulement pour l'usage qu'il fait des couleurs et des musiques, propres aux mises en scènes hypnotiques, mais surtout pour le sous texte dans lequel il place tous ses effets.


Disco Boy est un film autour de la guerre, mais surtout de ses causes, ses conséquences, et ses objectifs sombres. En chosifiant d'établir un parallèle entre les vies des deux protagonistes, à savoir Alex, un migrant biélorusse et Jomo un militant nigérien, le réalisateur parvient à condenser en 1h30 tout un paquet de thématiques, la première étant bien sûr les conséquences du colonialisme et de la corruption politique. Avant ça, le film ancre son récit dans le parcours de l'intégration à la légion étrangère avec une mise en scène plus sobre mais déjà perturbée par quelques moments de musique qui transforment chaque scène en espèce de rêve éveillé. Et la sobriété n'est pas en reste puisque les moments dramatiques sont accentués par la cruauté du silence sourd que le réalisateur choisit de laisser plutôt que d'appuyer sur la musique. Preuve que l'intention artistique qu'il porte aux sons et aux ambiances est très importante. Pareil pour les bruits de la jungle, les cris du coach, les sorties de fumée des usines, la boîte de nuit. Et de ce sous texte politique sur la manière de transformer des gens désespérés en militaire pour la France, vient forcément la question de leurs missions directement liées au colonialisme.


Mais plutôt que d'en faire une fresque réaliste ou historique, le réalisateur va jouer sur une sorte d'ensorcellement fantastique dès lors que le destin des deux protagonistes se croisent, donnant lieu à des séquences assez dantesques qui plongent le spectateur dans un univers confus. La réflexion métaphysique va jouer aussi sur le physique, les corps qui dansent, cette aura étrange sur le lien puissant entre Jomo et sa sœur avec leurs yeux verrons.. L'hypnose ambiante est rythmée de manière à transporter le spectateur dans des limites entre rêve et réalité, tout en continuant de délivrer les conséquences de la violence de la guerre, en l'occurrence le syndrome post traumatique (avec ce parallèle brillant après la bataille, jouant sur les visages mais aussi le décor, la jungle se mélange aux décors cachés de Paris) et l'obsession du militaire face aux victimes (fantômes ?) qu'il a tué. Ce qui rend le film très dense dans ses messages peut-être un poil poussifs sur la fin, mais rien n'empêche Disco Boy de briller dans ces moments.


Tout est limpide et magnifiquement bien chorégraphié, qu'il s'agisse des cadres, du montage, des couleurs flashs, de cette direction d'acting impeccable, des danses, de la musique de Vitalic très justement utilisée pour éviter de faire du film un clip géant. Et cela passe aussi par les mouvements de cadres que le réalisateur choisit de garder très simple et ample, pour garder cette sensation d'illusion, sans jamais vraiment donner de réponses au spectateur. L'un des points forts du film est de jouer aussi sur cette profonde obscurité dans les décors (la jungle, les rues de Paris, la boîte de nuit) pour donner un réel rôle aux lumières et musiques qui viennent compléter ces ambiances qui cachent, assombrissent les personnages.


Ce qui donne lieu aussi à l'ultime réponse de toutes ces thématiques représentées dans le film : ces protagonistes, ne sont que des fantômes d'une société qui les invisibilise.

Guimzee
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le 5 mai 2023

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