Un film passant par tous les niveaux avec Carrey au sommet de son art mongolier

Après une année 1995 où il intervient dans deux super-navets, Ace Ventura en Afrique et Batman Forever, Jim Carrey est exigé pour un nouveau happening dans Disjoncté. C’est le second film de Ben Stiller après son Génération 90 et il jouit cette fois d’un gros budget. Il rencontre à cette occasion de futurs collaborateurs importants (Jack Black et Owen Wilson) et surtout offre à Jim Carrey une de ses compositions les plus étonnantes.


Disjoncté est un film étrange, une espèce de grimace hilare et sinistre. D’abord le personnage de Jim Carrey, toujours aussi excentrique, y apparaît comme une sorte de débile léger assez glaçant et le naufrage s’annonce. Mais très vite il va se muer en une espèce de parasite borderline, renvoyant à la figure de l’ami envahissant tendant à absorber sa cible. La perversion et le piège de Chip Douglas travaillent le film comme une lame de fond, pourtant celui-ci demeure une comédie grasse et à son meilleur, sévèrement déglinguée (avec de splendides pétages de plombs sonores lors des séquences sportives).


Le style et les obsessions de Stiller servent ce décalage. En tant que réalisateur il a toujours apprécié ces individus ingrats recelant une personnalité flamboyante, qu’ils soient paumés, légèrement effrayants, quelconques ou d’apparence disgracieuse. Cette sensibilité s’est exprimée plus radicalement que jamais avec Walter Mitty, lui-même glauque sans le faire exprès. Disjoncté n’est pas comme les autres produits de Stiller, car la tristesse de ses rêves et la modestie de sa mise en scène est transcendée par la performance de Carrey, qui rend ce spectacle redoutablement commun et désuet assez irréel. En baissant le curseur de la farce de quelques degrés seulement, cette représentation de la démence deviendrait documentaire.


Heureux concours de circonstances pour le débutant Ben Stiller ? Il n’est de toutes façons pas le seul responsable de cette exploitation ingénieuse de Carrey, n’étant après tout que superviseur. Et malgré son ambition, le film demeure engourdi par de profondes faiblesses, notamment dans la symbolique de brute placide aware : ainsi tombe la dénonciation convenue et lâche de la télévision, cette nourrice horrible étant mise à mort, en tout cas pour un soir. On glisserait facilement vers la surinterprétation car le film vadrouille un peu dans tous les sens, tend vers la satire sans oser sacrifier la compassion, fait sien des jugements de valeurs qu’il réduit à un pauvre déguisement par ses côtés ‘culture geek’ précoce. Il y a également la tentative de psychanalyse du clown Carrey, dont la pugnacité compense le caractère cheap, même si rétrospectivement l’existence de Man on the Moon (qui ne parle pourtant pas vraiment de Carrey) humilie Disjoncté.


https://zogarok.wordpress.com/2019/07/07/disjoncte/

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le 10 juil. 2019

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Zogarok

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