Québecoise d'origine guatémaltèque, Ariane est embauchée par une usine agricole pour servir de traductrice. Pour cause, l'entreprise a engagé pour une bouchée de pain des travailleurs immigrés qui ne parlent qu'espagnols. Afin de leur confier les tâches les plus ingrates qui retardent la production de maïs...
Pour son premier long-métrage, Pier-Philippe Chevigny offre une plongée cauchemardesque dans l'esclavage moderne. Les droits les plus élémentaires des travailleurs sont bafoués. Ceux-ci, endettés, savent que la moindre plainte signifie le renvoi et la misère plus profonde encore.
Le scénario souligne par ailleurs l'ironie de cet esclavage, qui s'intègre dans une chaîne humaine capitalistique où chacun exploite son prochain. Avec ces travailleurs qui se rackettent. Ou ce patron absolument infect et lâche (Marc-André Grondin, qui parvient à être rapidement détestable !), en réalité à la botte de l'échelon du dessus.
Ce n'est certes pas le premier film sur le sujet. L'originalité vient d'ici du fait que la protagoniste traductrice est au centre du récit. Ayant le choix entre devenir une simple voix froide de la direction, ou une déléguée syndicale de substitution. Elle choisira rapidement la deuxième option, et les aboutissants qui vont avec...
Le tout filmé caméra à l'épaule, au plus près des personnages et de leur calvaire. Et offre quelques belles scènes de tension, ne relâchant jamais la pression sur 1h30.
Un drame solide.