Do the Right Thing, 4e film de Spike Lee, est son oeuvre précoce la plus notable. Il apparaît depuis quelques années seulement dans les tops internationaux. Le casting parle pour lui-même, avec un lot de jeunes acteurs qui y jouent presque leurs premiers rôles : Samuel L. Jackson en présentateur radio déjà charismatique, Giancarlo Esposito (Breaking Bad) méconnaissable en jeune révolté, ou encore John Turturro (Barton Fink) en pizzaïolo raciste... Accompagnés par deux artistes déjà âgés à la longue carrière : Ossie Davis en vagabond-poète au bon cœur et Ruby Dee en ange bienfaitrice du quartier.
La construction du film, extrêmement efficace, fait monter la tension petit à petit. Lors d'un été caniculaire, chacun vaque à ses occupations. La quasi-entièreté du film est alors une suite de scénettes tantôt sur l'un ou l'autre personnage de ce petit quartier de Brooklyn : le jeune Mookie qui travaille à la pizzeria, les trois italo-américains qui en sont propriétaires, les jeunes qui soit écoutent de la musique soit prêchent la révolte, les commerçants coréens, les trois papys qui discutent et glandent... Le décor est planté efficacement. Les tensions raciales, présentes dans tout le film, sont d'abord "légères", si l'on peut dire, comme cet italo-américain qui se fait tremper sa voiture de collection, ou quelques disputes qui se déroulent sans presque monter le ton. Jusqu'à l'avant dernière-scène, que je ne dévoile pas, où toutes ces tensions finissent par se libérer d'un coup. Était-ce d'ailleurs la bonne chose à faire ? Spike Lee installe en tout cas des thèmes qui le suivront toute sa carrière durant (inégalités raciales, violences policières, tentation de la révolte, jeunesse déboussolée) ainsi que son style rythmé, brutal et pop (Fight the power en chanson principale). Avec un sens certain de l'optimisme.