À Los Angeles, Emilie, française, est séparée de l’homme qu’elle aime. Elle cherche un logement pour elle et son fils de 8 ans, Martin. Souvent, elle tape à la machine, face à l’océan. C’est une image qui reste, parmi d’autres, de ce très beau fim. Le désarroi de la jeune femme s’anime par les aléas des autochtones paumés qu’elle observe plus que par elle-même.
Comme son titre l’indique, Documenteur est autant animé d’une part de réel que de fiction. Il faut signaler que la jeune femme du récit est interprétée par la monteuse du film, que le garçon est campé par Mathieu Demy, le fils de la réalisatrice. Il y a sans doute beaucoup d’Agnès dans Emilie.
C’est un film d’errance doublé d’une quête « d’un chez soi » impossible. C’est aussi le récit d’une infinie complicité, entre mère et fils.
En 2008, pour Les Cahiers du Cinéma, Varda avait déclaré ceci « Documenteur est mon film le plus méconnu, le plus triste et celui auquel je suis le plus attachée. J’ai eu grand plaisir à représenter le désarroi, la douleur d’une femme, les affres de la séparation et de l’amour d’un enfant, l’exil des mots de la langue française ».
De mon côté, j’ai beaucoup pensé au News from home, de Chantal Akerman et au Permanent vacation, de Jim Jarmusch, deux films qui me sont chers.
C’est en effet l’un des films les plus douloureux, de Varda, notamment parmi ces flashs du passé qui s’immiscent ici et là. C’est l’envers dépressif de Mur murs, autre film californien. Ils forment une sorte de diptyque mais l’un est nettement plus doux et coloré, l’autre triste et désenchanté. C’est un beau film sur l’échec du rêve américain, aussi. J’aime beaucoup ce film. Et en partie visuellement : chaque plan, de visages comme de rues, est merveilleux.