Un cinéaste (Panos H. Koutras) qui a débuté avec L'attaque de la moussaka géante ne peut qu'inspirer un profond respect. La suite de sa carrière a d'ailleurs été brillante avec notamment Strella et Xenia à son actif.. Avec Dodo, l'ambition semble plus grande, celle de radiographier une société grecque traumatisée et loin d'être sortie d'une grave crise économique (et morale ?).. Mais ceci, en oubliant l'esprit de sérieux et en y intégrant un spécimen d'oiseau disparu depuis des lustres, victime expiatoire de la violence humaine. Pas besoin d'un vélociraptor pour dynamiter un film choral, un dodo aux allures d'empêcheur de préparer une noce en rond y parvient tout aussi efficacement. Dodo n'est pas un film de mariage mais une œuvre chorale qui se sert d'une situation absurde pour s'attaquer à la famille et à d'autres sujets dans l'air du temps, et pas seulement en Grèce, comme celui des migrants; de la transphobie et de la corruption, entre autres. Peut-être que Panos H. Koutras aurait pu limiter le nombre de personnages mais ce vaudeville emprunte avec un appétit appréciable tout un tas de territoires, dont la tragédie grecque ou le merveilleux, avec ses allusions marquées à Alice au pays des merveilles. Ce joyeux foutoir n'a pas vocation à plaire tout le monde, dans cette ambiance volatile, mais ses reflets buñueliens et vinterbergiens suffisent pour passer un excellent moment, en regrettant seulement un certain manque de férocité, façon comédie italienne. Pour ceux qui aiment les dialogues incisifs et les circonstances surréalistes, Dodo n'incite cependant pas à la somnolence.