San Francisco, le 21 Novembre 1963 : alors qu'ils ont une permission de vingt-quatre heures avant de partir sur la base d'Okinawa, un groupe de Marines vont jouer à ce qu'ils appellent Dogfight : durant une soirée, celui qui va trouver la fille plus moche avec qui il va sortir aura gagné ce pari stupide. Un des soldats, joué par River Phoenix, va trouver une jeune femme réservée dans un bar, et va être séduit par cette rencontre plus importante que l'enjeu.
Jusqu'ici, je n'avais jamais entendu parler du film, un des derniers avec River Phoenix, sorti bien plus tard en France dans un total anonymat (sous le titre L'amour n'est pas un jeu), vendu comme une production indépendante par la Warner, bref, complètement sous mes radars. Sauf que Criterion le remet en avant en 2024, j'y jette un œil, et oui, c'est un très beau film, mais qui est aussi sur une période de basculement de l'Amérique en seulement vingt-quatre heures à travers ces deux jeunes. On comprend assez vite que ce soldat va partir au Vietnam, et que le lendemain, un certain président américain sera assassiné, plongeant le pays dans une ère d'incertitudes. Quelque part, ces quelques heures sont comme une sorte de bulle enchantée pour eux deux, qui ne le savent pas encore, une dernière période d'insouciance, mais que quelque part, il y a déjà un soupçon de gravité qui point. J'ai été très sensible au jeu de River Phoenix, qui veut faire plus que ce qu'il n'y parait, ainsi que Lily Talor, fagotée au départ comme l'as de pique avec ses cheveux ébouriffés, mais qui se révèle être plus belle de corps et d'âme qu'il n'y parait. Pour l'anecdote, lors d'une bagarre générale dans un bar avec d'autres personnes, on croise très rapidement Brendan Fraser pour sa première apparition au cinéma.
C'est comme si le film était déjà dans la nostalgie alors qu'il se passe dans le temps présent, avec une très forte dernière partie, et on sent qu'à travers ces 24 heures, leur vie a changé à jamais pour eux alors qu'au départ, seul un pari idiot (pour lui) le menait à elle. La réalisatrice Nancy Savoca a réalisé peu de films, se tournant surtout vers la télévision, mais là, elle a été comme touchée par la grâce avec cette histoire d'une grande tendresse et deux acteurs qu'on aime suivre.