Suite à une fusillade dans un squat,la police arrête Douglas Munrow,un travelo paraplégique,au volant d'un camion rempli de chiens.En prison,il est interrogé par une psychiatre à qui il va raconter sa triste vie,d'où construction en flashbacks.Joli sursaut d'un Luc Besson pas toujours inspiré avec ce film américain dont il est réalisateur,scénariste et producteur.Il est entouré de vieux complices comme les excellents Eric Serra,son musicien fétiche dont les compositions alternent avec des tubes de variété,notamment du Edith Piaf,et Hugues Tissandier,son habituel décorateur qui a imaginé une profusion d'endroits bien délabrés et sinistres.Parce que la vie de Doug c'est pas de la tarte,et Besson renoue ici avec ses obsessions des débuts,ces personnages marginaux et solitaires marqués par le destin.On se souvient du guerrier dans "Le dernier combat",du poète mélomane de "Subway",de la tueuse de "Nikita",du tueur de "Léon" ou de l'apnéiste dans "Le grand bleu",toutes ces figures inoubliables issues de l'imaginaire d'un cinéaste qui a probablement vécu une enfance isolée pour s'attacher ainsi à ce type de protagonistes.Doug vit au départ dans une famille white trash caricaturale,avec père alcoolo-violent organisateur de combats de chiens,frère aîné proche du padre et confit en dévotions et mère qui se barre pour échapper à cet enfer.S'opposant à papounet,le gamin finit dans la cage des clébards,avec qui il sympathisera définitivement plus qu'avec les humains.Il sortira de là paralysé des membres inférieurs mais connecté intimement à la gent canine,dont il prendra soin et réciproquement.Diminué physiquement,incapable d'aimer réellement,à part les toutous,il sombrera peu à peu dans la délinquance.Lucho filme ça brillamment,plongeant avec délectation dans son histoire sordide aux décors dégueus et aux personnages animés par la violence primaire.Cassé physiquement et mentalement,ambigu moralement et sexuellement,Doug survit avec ses chiens,des animaux extraordinaires et seuls capables de donner un amour inconditionnel.Les scènes d'action sont euphorisantes,celles du squat rappelant "Léon" ou "Nikita",les relations du héros avec ses animaux ou ses collègues drag-queens sont émouvantes,et le récit de cette existence désastreuse captive jusqu'à une fin un peu WTF et expédiée.Caleb Landry Jones,valeur montante du cinéma mondial,y va franco et se la donne grave dans un rôle marquant succédant à celui de "Nitram" en 2021,qui lui a valu le Prix d'interprétation à Cannes,et précédant celui de "Dracula" en 2025,où il retrouve Besson et joue le célébrissime vampire.Les autres comédiens sont peu connus mais assurent bien et s'appuient sur des gueules mémorables.Jojo T. Gibbs est très bien en psy mal dans sa vie,on aurait d'ailleurs aimé que son personnage et ses problèmes soient plus développés.Christopher Denham est visqueux à souhait en enquêteur des assurances tenace,cupide,mais également fort imprudent.L'Allemand Clemens Schick est assez effrayant en tyran domestique cinglé,flanqué d'un fils allumé idéalement campé par Alexander Settineri.John Charles Aguilar en chef de gang latino impitoyable et Grace Palma en bibliothécaire sympa et séduisante font parfaitement le job,alors que Marisa Berenson,seul second rôle notoire du film,ne fait qu'une brève apparition en riche cambriolée.Notes et critiques de films de Luc Besson publiées précédemment:voir critique "Léon".Nouvelle moyenne:5.