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Absent des écrans depuis 2012, Eddie Murphy revient via la case Netflix pour un biopic sur Rudy Ray Moore, un acteur qui va créer un personnage connu dans l'univers de la Blaxploitation ; Dolemite.
A la réalisation, on retrouve Craig Brewer, qui s'est lui aussi dispersé depuis son premier film, le très bon Hustle & Flow, et au scénario, pas moins que Scott Alexander et Larry Karaszewski, auteurs de petits films tels que Man on the moon, Larry Flint, Ed Wood ou encore Big Eyes. Donc, autant dire que je suis parti confiant.


Inconnu en France, Rudy Ray Moore était un comédien de stand up, qui se produisait essentiellement pour les Noirs, et dont la popularité va monter en flèche grâce à Dolemite, un alter ego vulgaire et agressif, au look de proxénète avec une canne, et où sortiront plusieurs disques racontant des histoires. Cependant, faire des tournées le lasse, et il veut porter Dolemite au cinéma ; Rudy Ray Moore va le produire de bric et de broc en payant de sa poche, mais on ne s'improvise pas dans le milieu du cinéma comme ça, surtout avec son équipe de bras cassés.
J'ai suffisamment été critique sur les films produits par Netflix pour me demander à chaque fois ce qui les différence (ou non) de ce qui sort en salles, c'est-à-dire pas grand chose. Là, le réalisateur a eu carte blanche, et le site lui a permis d'aller au bout de ce qu'il voulait, avec de la nudité frontale, énormément de grossièretés, et surtout, Craig Brewer n'a pas sacrifié sa mise en scène que je trouve de qualité, jusqu'à reprendre ce truc utilisé dans pas mal de films de Blaxploitation qui est le zoom.


Mais Dolemite is my Name est aussi mais avant tout la résurrection d'Eddie Murphy dans un rôle éloigné du professeur Foldingue, car ce rôle lui permet de montrer des gammes dans la colère, dans la séduction, se moquer de lui-même en parlant fréquemment de ses bourrelets ; je le trouve formidable, meilleur même que dans Dreamgirls.
Le personnage de Rudy Ray Moore est clairement dans la lignée des précédents scénarios de Scott Alexander et Larry Karaszewski ; tout comme Ed Wood, il aime le film qu'il produit, bien qu'il sent que ça n'est pas terrible, mais l'amour du cinéma est là, on pourrait parler du bis de la Blaxploitation. Idem que pour Larry Flint, où le sexe est important, et quant à Man on the moon, c'est aussi le portrait d'un homme qui va trouver son double car quand il commence ses scènes, il n'intéresse personne. Puis, en tant que Dolemite, c'est salle comble.


Je n'ai pas vu Dolemite, je ne suis pas certain qu'il soit sorti en salles en France, mais à en juger les extraits qu'on voit à la fin, et reproduits dans le film de Craig Brewer, ça a l'air quand même d'un sacré nanar, avec les trucages visibles, mais une volonté de pallier soit les faibles moyens comme un chapelet de saucisses pour suggérer les intestins, ou alors le décor qui s'écroule durant une scène de sexe.
Outre Eddie Murphy, on retrouve aussi Wesley Snipes, qui joue à la fois le réalisateur et le méchant de Dolemite, qui apparait consterné par ce qu'il tourne, au point qu'il quittera le tournage une fois la dernière scène tournée pour rejoindre Black Caesar avec Fred Williamson. Il y a aussi Craig Robinson (vu dans The office), Chris Rock, Snoop Dogg (qui est un fan de Randy Ray Moore), et l'excellente Da'Vine Joy Randolph , qui est celle qui va donner le ton de Dolemite.


Je suis par contre étonné de ne pas y voir le moindre message politique, car Dolemite est clairement produit pour un public noir, et que les personnages dits blancs sont très rares dans le film de Brewer. Mais en l'état, il est suffisamment passionnant, sur les galères d'un tournage fait avec très peu de moyens, et sur la revanche d'un homme rejeté par Hollywood, car Dolemite va être un énorme succès lors de sa sortie en 1975.
J'espère que ça va relancer la carrière d'Eddie Murphy, où on peut y voir quelques allusions dans le sens où il joue un homme qui a lui aussi été écarté du système hollywoodien à force d'enchainer les bides.

Boubakar
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le 25 oct. 2019

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