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Heureux de retrouver Eddie Murphy dans ce projet des plus improbables : un biopic sur Rudy Ray Moore, plus connu des aficionados de la blaxploitation zédarde sous son nom d'artiste, Dolemite. Le film rejoint la grande famille des œuvres hommages aux bras cassés du cinéma - on pense évidemment à Edwood ou à The Disaster Artist - dans ce qu'il sait mettre en valeur de la sincérité mégalo et touchante d'une telle démarche. La volonté de reconnaissance artistique et la profonde conviction d'un dû en la matière semblent pouvoir alimenter à fonds perdu la puissance narcissique de R.R. Moore, véritable moteur d'un projet foutu d'avance qui parvient contre toute attente à surmonter l'impossible, quitte à user de tous les bricolages foireux. Cet entrain du bonhomme associé à un bagout certain parvient à structurer solidement toute une équipe autour de lui pour les entrainer dans la concrétisation de sa vision pourtant assez trouble.
Dolemite is my name a toutefois le bon goût de montrer les moments de désenchantement, quand le réel ne peut plus être tenu à l'écart et que la faillite s'annonce. Cela rappelle l'importante part de hasard ou de chance qui explique la réussite, parfois différée, de certaines entreprises artistiques, cette alignement des planètes qui sauvera celui-ci pour mieux laisser cet autre dans le néant (avec quelques dettes en plus). Le film évoque également sans trop de lourdeur la tension sociale que le succès surprise du Dolemite originelle permet d'appréhender, cette segmentation du marché du cinéma dans les 70's qui s'appuie sur une évolution de la répartition urbaine des populations. Il faut aussi sans doute retenir l'impact d'avoir eu un réalisateur noir aux commandes, fait plutôt rare dans la blaxploitation qui s'est majoritairement avérée être un genre produit par des Blancs à visée de divertissement du public afro-américain.
En tout cas, le film de Craig Brewer est très agréable à regarder : la reconstitution est convaincante, les acteurs sont sympathiques (ah ce bon vieux Wesley Snipes !) et font vivre cette ambiance funky et décontractée sans doute un peu fantasmée, bien aidés par un score de son époque (avec les vraies chansons, ça aide). Eddie Murphy sait s'effacer derrière Rudy Ray Moore et son caractère fantasque (les pochettes d'album à poil). Intéressant aussi de voir l'influence de Jerry Jones sur les thématiques sociales (les ravages de la drogue) qui irriguent les films du réal, souvent tout en contraste avec leur dimension bisseuse (du kung-fu et des nichons). J'en aurais presque envie de me remater le véritable Dolemite, chapeau.

Créée

le 16 août 2020

Critique lue 137 fois

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