Je suis suffisamment fan de Stephen King pour reconnaître les forces et les faiblesses de cette littérature (très) populaire, mais aussi la quasi impossibilité d'adapter au cinéma ce fleuve de mots et de sensations souvent excessives qu'est un roman du "maître de l'horreur". Or, cette adaptation du sympathique mais mineur (et pas fantastique, du coup) "Dolores Claiborne" par un tâcheron aussi limité que Taylor Hackford (aucun véritable bon film dans sa filmographie) est paradoxalement une vraie réussite (mineure aussi, mais bon…)… C'est que Hackford et sa bande ont eu trois vraies bonnes idées : resserrer le sujet du film sur la relation mère-fille, confier les clés du film à une distribution de vrais BONS acteurs (Katy Bates en tête, éclatante de talent comme toujours), et illustrer physiquement cette oscillation entre présent et souvenirs du passé qui est l'une des marques des meilleurs livres de Stephen King (ici, un jeu sur les couleurs, simplissime, mais inversé par rapport aux règles habituelles, puisque c'est le passé qui brille de mille feux, fait parfaitement l'affaire). Du coup, mis à part quelques lourdeurs hollywoodiennes, le double thriller créé par King (un meurtre dans le passé, un dans le présent, et une seule accusée, Dolores Claiborne) fonctionne parfaitement bien. On notera en outre la remarquable "scène de l'éclipse", construite dans les moindres détails comme une citation hitchcockienne, qui élève encore un peu le film.