Après la très procédurière enquête sur l'homicide de La Nuit du 12, Dominik Moll enchaîne sur la très procédurière enquête de l’IGPN pour violence policière dans Dossier 137.
Cette procédure est admirablement amenée par le dispositif filmique, alternant entretiens, caméras de surveillance et écrans de téléphone, investigation et reconstitutions sur le terrain, dans une palette esthétique large et ancrant de fait dans le réel. Mais elle est également on ne peut plus à propos en ces temps où la violence (il)légitime de l’état n’est plus remise en question, même par les cuves à pisses (coucou PEB !) qui sont normalement censées modérer les fonctionnaires afférant à leur ministère.
L’intelligence du film étant tout de même de ne pas verser dans un manichéisme primaire, en tentant de ramener un peu de rationalité et de recul sur un sujet sous tension, dans un monde de plus en plus polarisé (notamment par une récupération crasse de toutes les bavures par un camp ou par l’autre selon la couleur de peau des victimes). Le point de vue de cette enquêtrice est donc au cœur du déroulé, puisque indissociable de ces déchirements sociétaux qui parcourent l’immense majorité du monde occidental.
Léa Drucker est ainsi royale (et je ne peux plus la voir qu’ainsi depuis Jusqu’à la garde) dans cette posture ingrate qui prend les coups des victimes comme des bourreaux, des citoyens comme de sa hiérarchie. Un tumulte permanent qui pousse à une remise en question permanente et qui ne peut finir que par une déconnexion totale du cerveau, comme si une soupape de sûreté s’enclenchait pour préserver la santé mentale de l’enquêtrice.
D’autant plus lorsque l’on sait d’avance tous les efforts vains, ne menant qu’à une conclusion qui n’en est pas une pour les victimes, et s’inscrivant dans une politique répressive croissante qui ne se voit pas entravée par la justice, symptôme avant-coureur parmi bien d’autres des maux qui accourent à nos portes.
Joie.
Ce serait tellement plus simple de pouvoir se contenter de vidéos de chatons…