Dossier 137
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Dossier 137

Film de Dominik Moll (2025)

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Maman, pourquoi tout le monde déteste la police?

Intéressant comme démarche de faire un film sur l'IGPN. Même si c’est pas le seul film qui parle de l’IGPN non plus, Dominik Moll a exagéré en interview en présentant son film comme révolutionnaire sur ce point (36 quai des orfèvres, Le bruit des glaçons, La menteuse etc). C’est évidemment absurde que des policiers soient contrôlés par des policiers, c’est impossible que ça évite les violences policières. Ça ne pose absolument pas problème au gouvernement comme on le voit dans la scène où les représentants du Directeur général de la police nationale (dont le fils IRL est cadre d’un groupe néofasciste, malencontreuse coïncidence sans doute) et du Ministère de l’Intérieur indiquent à la commandante Bertrand (Lea Drucker) qu’il faut éviter de mettre des policiers en garde à vue pour ne pas se mettre à dos les syndicats de police. Donc bravo au film de montrer ça.

Par contre, là où le bas blesse, c’est que le message global du film sur les causes des violences policières n’est pas clair. Si on n’a pas lu d’articles de sociologie sur le sujet (combien en ont lu Dominik Moll et Gilles Marchand, co-scénariste??), on sort du film en sachant pas si la violence policière est une affaire individuelle ou systémique. J’ai même peur que Dominik Moll ait une vision moyenne politiquement, du genre centre/gauche-social-démocratie.

Or c’est un gros problème. Les violences policières ne sont pas le fait de quelques individus isolés. Elles résultent d’un système global résumé par cette phrase du rappeur Akhenaton dans la chanson « La fin de leur monde »: « Vive la démocratie, celle qui brandit la matraque. Face à des pacifistes, t’es pas d’accord on te frappe. » Les sociologues ont démontré que l’idée que la police serait essentiellement une « police de proximité », qui serait là pour protéger le peuple, est erronée. La mission première de la police est (et on peut émettre l’hypothèse que ça ait toujours été le cas) de maintenir le pouvoir en place: https://revolutionpermanente.fr/Le-role-de-la-police-est-de-proteger-le-pouvoir-Entretien-avec-la-juriste-Karine-Parrot

Les violences policières sont souvent exercées dans le cadre d’un racisme systémique. D’après La défenseure des droits, elle déclarait déjà en 2016, alors que la France était un peu moins avancée dans sa marche vers le fascisme, par exemple qu’un jeune noir ou arabe a 20 fois plus de risques de subir des violences policières: https://www.theguardian.com/commentisfree/2017/mar/02/france-police-racism-hashtag-activism

C’est pourquoi par exemple la scène où on questionne le spectateur sur le fait que le travail de la commandante Bertrand n’est pas vraiment légitime, parce qu’elle est née à St-Dizier, comme la victime de violence policière sur laquelle elle enquête, est très problématique. Psychologiser individuellement les policiers de l’IGPN, c’est dépolitiser la question du contrôle de la police.

Maintenant, que j’ai dit tout ça, vous devez vous demander: mais pourquoi il a mis 6,5/10, donc plutôt une bonne note, en ayant tout ces griefs contre le film? Voici donc maintenant la liste des points positifs du film:

- la meilleure scène imo est la scène où les différents membres de l’IGPN mangent au resto (elle est trop courte malheureusement). On voit très bien l’aspect « schizophrénie » de cette instance. Ils sont plutôt de droite évidemment c’est des policiers, mais si on creuse c’est un peu plus complexe que ça. Ils sont un peu paumés. Lors du repas, ils vont enchainer entre des propos de gauche exprimant de la compassion pour les motifs qui ont amené à la création des Gilets jaunes, puis l’un d’entre eux va dire qu’il aime pas enquêter sur des collègues qui essaient juste de faire leur travail au mieux. Ça aboutit souvent, comme c’est le cas à plusieurs reprises dans leurs discussions à « la voie du compromis ». Il y a d’un côté les gentils policiers qui protègent les citoyens et de l’autre les méchants policiers qui sont violents. Leur capacité de réflexion politique s’arrête à un cours d’EMC niveau 6e. Il semblerait que les policiers de l’IGPN, en bons représentants de la classe moyenne supérieure soient imprégnés de ce « goût de la nuance », cette idée que la vérité se trouve dans la neutralité, le juste milieu, le compromis, la nuance. Ils aiment travailler dans des bureaux tranquillement entre gens civilisés et n’aiment pas trop la radicalité. « Êtes vous politisé? […] Faites-vous partie d’un mouvement d’extrême droite ou d’extrême gauche? » demanderont-ils à Rémi Cordier (Valentin Campagne), ami de Guillaume Girard (Côme Peronnet) victime de violences de la part d’un policier de la BRI (Brigade de recherche et d’intervention).

- les scènes avec Guslagie Malanda sont bien, notamment la scène dans le métro (merci de représenter cette partie du quotidien de millions de Français au cinéma, enfin!) et celle où elle parle du racisme systémique dans la police.

- les scènes d’interrogatoire sont bien, on voit bien à travers le discours que tiennent les policiers face à des preuves vidéo, le sentiment d’impunité qu’ils ont

- c’est aussi intéressant de montrer les tensions entre la brigade des stupéfiants et l’IGPN


Créée

le 1 déc. 2025

Modifiée

le 2 déc. 2025

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Vincent E

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