Porté par le succès de son thriller précédent, La Nuit du 12, Dominik Moll revient avec ce film qui a, à raison, fait son petit effet, sur la Croisette cannoise notamment, où il a montré à un public international un point de vue de cinéma sur le mouvement des Gilets Jaunes et, sortant du seul prisme des réseaux sociaux et des médias, du déferlement de violences policières sans précédent depuis mai 68 qui l'a accompagné.
Via le prisme de l'enquête là encore, genre dans tout ce qu'il a de codifié (son personnage principal, impeccablement porté par Léa Drucker, ses rebondissements, ses zones d'ombre, sa conclusion en demi-teinte), Moll tente, malgré la teneur hautement politique de son propos, d'atteindre la froideur et l'objectivité que celui-ci nécessite. Avec le recul pris (tant une distance scénaristique qu'une distance temporelle d'avec ces événements), il analyse, scrute, décortique, avec un sens de la mise en scène qui se refuse à tout effet, à toute fioriture. Même s'il s'autorise d'habiles retournements de situation (cette scène au supermarché où les victimes deviennent les enquêtrices et procèdent même à un contrôle d'identité de la policière), son travail s'avère plutôt celui du langage, cette langue juridique si formelle et précise qu'elle anesthésie tout sentiment, qu'elle tente (en vain) de combler la douleur, le ressentiment, la haine.
Et à travers lui et les images qu'il saisit (on ne s'étonnera pas de voir David Dufresne remercié dans le générique), attisant notre morbide pulsion scopique, il nous rappelle ô combien cette période était trouble, et nous dessine un monde violent, une société de l'affront et de l'incapable dialogue. Et c'est malheureusement la nôtre.