De retour après son remarquable La Nuit du 12, Dominik Moll reste au sein au cœur de la police pour plonger en plein dans un sujet brûlant : les violences policières pendant la période des Gilets Jaunes, avec le prisme d'une enquêtrice de l'IGPN.
Par cet angle, Dominik Moll filme une triple impasse : humaine, administrative, politique. Il rend compte d'une institution sclérosée, incapable de se réformer. Et faire le choix d'une enquêtrice, prise dans un étau, entre la nécessité d'établir la vérité et sa loyauté envers son corps professionnel. Le choix judicieux du réalisateur est de recentrer sur l'humain, et le mettre au coeur de son processus narratif. Ce biais lui permet de dévoiler, en filigrane, les problématiques à l'œuvre au centre de l'IGPN, et avec plus de recul, au centre de l'Institution.
Avec un sujet si délicat, il y avait une crainte que le film, à ne vouloir blesser personne, finisse par rester coincé dans son discours. Et, de manière assez miraculeuse, c'est tout l'inverse qui se produit. De ce scepticisme, le film, en tissant sa toile narrativement méticuleusement, en multipliant les points de vues (manifestants, collègues, hiérarchie, accusés, extérieurs) et les témoignages, finit par convaincre par son procédé narratif.
Certes parfois avec un langage cinématographique très (trop?) scolaire. Du face-à-face filmé en plan recadré, champ contre-champ, pas de séquences fortes, pas de climax, pas de tension. Aussi des séquences très illustratives. Mais cette humilité esthétique, souvent quasi-documentaire, est contrebalancée par une précision d'écriture, très pertinente, permettant à son discours de pleinement se déployer : La vérité n'est plus et l'ère de la post-vérité est déjà-là.
Et par ce procédé, le cinéaste montre l'échec d'une institution, incapable de se réformer elle-même ou à admettre ses failles. Les enjeux politiques sclérosent tout, et cette inertie paralysante est au cœur du film. L'action est sans cesse entravée par la solidarité corporatiste ou la lenteur bureaucratique, jusqu'à l'absurde.
C'est tout le mérite du film de Moll: par son refus de la radicalité, son soin de la nuance et du détail, son exposition plurielle de points de vues (qui régissent les différents discours dans notre société), il permet d'éclaircir la tragédie à l'oeuvre : celle d'une impuissance matérialisée, et celle d'une lumière d'espoir qui vacille.