On pourrait faire une chouette double-programmation comprenant le nouveau film de Dominik Moll et le documentaire Un Pays qui se tient sage, sorti en 2020. À défaut de réponses concrètes, on aura largement de quoi réfléchir sur le bilan dressé par les deux œuvres. Trois ans après le superbe La Nuit du 12, qui exposait à vif la misogynie ordinaire comme un poison à juguler, le réalisateur français ausculte cette fois le grippage de la machine judiciaire face aux violences policières. Dossier 137 est un film procédural carré et précis, qui ne se cache pas derrière son petit doigt pour montrer les choses. L'enquête de l'IGPN sur un tir de LBD le soir d'une manifestation est l'occasion de montrer que parfois les réponses (et il y en a) ne suffisent pas. Situation Kafkaïenne dans laquelle se retrouve l'intègre Stéphanie (superbe Léa Drucker), décidée à défendre les principes d'une bureaucratie qui rechigne elle à les appliquer. Dominik Moll n'a pas le temps de faire un cours magistral sur la dissolution des rapports entre le citoyen et le fonctionnaire de police mais il n'en a pas besoin. Les scènes avec l'ex-mari, sa petite amie ou la famille de la victime sont assez éloquentes. Le contact est rompu depuis belle lurette, par méfiance, défiance ou le retranchement derrière une vision clanique (être un STUP ou de l'IGPN). Beaucoup à encaisser le temps de deux heures, c'est certain. Cependant, Dossier 137 bénéficie de l'écriture une fois de plus irréprochable du duo Dominik Moll/Gilles Marchand, qui sait donner quelques respirations au milieu de cette enquête tendue, aux séquences d'interrogatoires parfois surréalistes où les images sans ambiguïtés sont pourtant recontextualisées jusqu'à l'absurde. En parallèle, cette nouvelle réussite rappelle combien le cinéma est aussi là pour nous reconnecter un peu au réel. Une fois dehors, libre à vous d'aller regarder des vidéos de petits chats.