Dossier 137 dresse un portrait de la France périphérique, dont l'élite est manifestement déconnectée.
La France périphérique est représentée à la fois par les manifestants "gilets jaunes", par une femme de chambre que l'on suit pendant de longues minutes afin de ressentir l'éloignement domicile-travail, mais aussi par les policiers. L'inspectrice en charge de l'enquête vient de Saint-Dizier, dont le bruit incessant des Rafale au-dessus des maisons est présenté avec insistance. Le policier incriminé habite dans un pavillon sinistre, dont on note bien l'adresse en 94, banlieue populaire d'Île-de-France.
En face, l'élite est représentée par les beaux quartiers du 8ème arrondissement qui abritent l'hôtel Prince de Galles dont l'un des policiers de l'IGPN est impressionné par la débauche de luxe. Les remarques sont distillées de façon assez peu subtile, notamment lorsqu'il s'adresse au directeur de la sécurité de l'hôtel: « combien ça coûte une chambre comme ça » ou lorsqu'il cherche les traces de sang dans la rue Magellan au cœur du triangle d'or: « ça a dû être nettoyé, ici tout est propre dès le lendemain ». L'élite est également représentée par une administration qu'on ne voit jamais, et qui donne des ordres déconnectés de la réalité du terrain, notamment la nécessité de remplir une fiche par tir de lanceur de balles de défense (LBD 40), ou demander à des forces d'élite (la Brigade de Recherche et intervention - BRI) d'effectuer du maintien de l'ordre.
Le point central du film se retrouve donc dans la responsabilité du système, au-delà de la responsabilité individuelle, au point de flirter avec la complaisance vis-à-vis de ces policiers d'élite qui n'auraient tiré que par réflexe (dû à leur entraînement à combattre des forces terroristes). A l'heure où les vidéos de Médiapart sur le maintien de l'ordre à Sainte-Soline sont accablantes et montrent des gendarmes en liesse à l'idée de tirer sur des familles venues manifester, occulter ce point est dommageable.