D'un côté je trouve l'histoire passionnante, un dilemme insoluble, un système inefficace, dépassé par les évènements, embourbé par des directives irréalistes. Le sujet est très casse-gueule et Dominik Moll s'en sort avec de belles pirouettes sans pour autant éviter de le traiter, il invite surtout à la réflexion sur le biais cognitif. En ne tranchant pas, c'est justement comme cela qu'il critique assez durement toute cette administration et notre société. Comme si nous étions tous paralysés par les retombés potentielles de nos actions de peur d'être jugé coupable par un système profondément injuste.
D'un autre côté, à part quelques plans recréés en contrechamp des videos (réelles) de manifs, je me suis plutôt ennuyé sur le plan de la réalisation. Cette enchaînement de témoignages filmés quasi face caméra dans des décors franchement pas funky, ça ne vend pas du rêve. Ok, il a fait le choix de faire un film anti-spectaculaire en ne montrant pas grand chose du mouvement des Gilets Jaunes et en étant plutôt du côté de l'administration. Mais il me semble qu'il y avait la possibilité de filmer ça de manière plus intéressante.
Un point sur lequel je ne suis par contre pas du tout partagé, c'est le talent indéniable de Léa Drucker qui arrive à faire passer des sentiments, des réflexions avec quelques mouvements du visage. Elle est toujours juste dans ses répliques, son personnage est très convaincant et cette scène finale avec des vidéos de chatons et d'une tristesse sans nom.
Ce qui est sûr aussi c'est que Dominik Moll est un cinéaste passionnant qui revient en force depuis Seules les Bêtes en 2019 et La nuit du 12 en 2022. N'hésitez pas à vous replonger dans sa filmo avec l'incontournable Harry, un ami qui vous veut du bien.
Si vous cherchez un film plus frontal sur les Gilets Jaunes, je vous suggère le documentaire Un pays qui se tient sage. Sans doute le film le plus pertinent que j'ai pu voir sur le sujet.