Conquit par La Nuit du 12, je pensais que ce nouveau film de Dominik Moll, consacré au mouvement des Gilets jaunes, allait proposer quelque chose de fort et de marquant. Hélas...
Le jeu des acteurs principaux est globalement catastrophique (un peu moins pour certains seconds rôles), et Léa Drucker en particulier peine à convaincre. Au-delà de l’interprétation, ce sont surtout les dialogues qui posent problème : lourds, artificiels, ils brident les acteurs et donnent parfois l’impression d’assister à un jeu d’acteur de lycée. À de nombreuses reprises, on sent les gros sabots du réalisateur, désireux de faire passer ses idées sans la moindre finesse. Les échanges ressemblent davantage à la lecture d’un exposé devant 10 000 personnes qu’à de véritables interactions humaines.
Du côté de la mise en scène,le film enchaîne une répétition quasi infinie de champs-contrechamps de personnages qui se parlent comme des robots. La remémoration de la manifestation par la famille du manifestant sauve légèrement le navire, avec un rythme et des couleurs enfin vivants, mais cette parenthèse restera sans suite.
La scène de fin manque cruellement de subtilité, et l’enquête repose sur des ressorts vus et revus, notamment le revisionnage d’une séance vidéo faisant apparaître un nouveau témoin providentiel. S’ensuit alors une situation totalement parodique ayant conduit à la blessure du manifestant, évoquant davantage un sketch de cinéma muet qu’un drame social crédible.
Enfin, le film souffre d’un manichéisme pesant. Aucune nuance entre le blanc et le noir : le manifestant est présenté comme totalement docile, dénué de toute agressivité, face à une police qui mutile à répétition. Ce choix ne suscite pas l’empathie espérée, mais rappelle au contraire que l’on est face à un personnage de fiction, incapable d’exister réellement dans l’ambiance et la complexité de ces événements.