C'est l'histoire d'un crime que l'on commet dans l'espoir d'obtenir la vie à laquelle on aspire, et dont le passage à l'acte ne va cesser de vous hanter, vous apportant une existence faussement heureuse, pire que la précédente.
Malgré des allusions à Macbeth un peu appuyées (la main mutilée, le manteau noir...), et une tendance au mélodrame, ce film noir a un vrai charme. Avec des personnages durs (le gigolo maître chanteur, parfaitement odieux), des éclairages et des cadrages audacieux (le reflet de l'héroïne dans un objet incurvé, symbole de son emprisonnement ; les barreaux/toile d'araignée de la porte de prison à la fin), des leit-motivs bien placés (le briquet offert à son ancien amant), d'autres laissés inexplorés (le chauffeur de taxi qui l'amène chez sa soeur), c'est un film riche, qui marche dans les pas de Fritz Lang et Hitchcock.
Bon, l'insistance sur noël, période à laquelle deux fois un drame terrible se joue, est assez appuyée, et la résolution finale arrive sur un rebondissement assez improbable (un simple inspecteur obtient sur un simple soupçon une exhumation avec analyse scientifique d'un corps inhumé un an plus tôt et ça se révèle fructueux), mais on ne va pas chipoter, le rythme de l'histoire est réussi.
Mention spéciale à Dolores Del Rio, pour le montage alterné des scènes où elle se parle à elle-même, et pour sa prestation appuyée comme il faut pour atteindre le mélodrame.
Si vous êtes en mal de film noir quasi métaphysique, qui dénonce la course à l'argent et regarde en face les zones d'ombre de l'âme humaine, dans une belle atmosphère de la fin des années quarante (ces robes à épaules carrées !), allez-y, c'est réussi.