Salvador (Antonio Banderas) est un réalisateur à la gloire révolue qui n’est plus que l’ombre de lui-même (Cf un indice sur l’affiche du film). Amoindrit, les douleurs du corps et de l’âme l’ont assigné à residence, mausolée à la gloire de cette Movida qui le hante autant qu’elle a pu le porter, alors qu’une succession de hasards vont le confronter à quelques souvenirs déclencheurs.
« D’où vous vient votre inspiration ? » Cette question, tous les créateurs la connaissent bien. Mais l’essence même de ce qui les pousse à créer leur est souvent inconnue. Et lorsque cette dernière disparaît, ils sont tout autant incapables de comprendre pourquoi. Décortiquer les mécanismes de la créativité ou de son absence demande une sacrée introspection.
Almodovar nous livre le coeur de Pedro. La gloire, mangeuse d’inspiration, puis la douleurs comme autant d’excuses à cette disparition. Puis reviennent avec le hasard, les souvenirs, avec les souvenirs la vraie douleur, et avec la vraie douleur, l’inspiration. Enfin!
Almodovar ne veut plus se donner d’excuses, et nous dévoile les coulisses. Mais les coulisses sont parfois le dernier signe d’un manque d’inspiration, et c’est le serpent qui se mange la queue. En dehors même du diptyque drame/ comédie sur lequel le réalisateur jongle d’habitude, c’est bien le rêve qui a disparu, l’émotion digérée et recrachée en folie dans l’œuvre. Il nous livre la vérité derrière la folie. Je préfère sa folie.