Pour ceux qui suivent, vous savez que j'essaie de terminer une année sur le plus mauvais film possible. Malheureusement, pour des raisons que vous devinez, ce n'est pas toujours évident. C'est donc, parfois, pour commencer l'année que je m'offre le plus beau des navets, et autant écrire que pour cette année 2024, c'est du très lourd. Le début et la fin du « Christopher Barbier Cinematographic Universe » : tout un programme. Ce qui est fascinant, c'est le décalage entre les ambitions visiblement assez conséquentes de l'« œuvre » et son résultat proprement hallucinant. Car « Doutes » est tellement représentatif de ce qu'est Christophe Barbier. Un beau parleur, pas forcément idiot mais se croyant tellement au-dessus de la mêlée alors qu'il n'est un éditorialiste de droite, libéral comme tant d'autres, un bavard presque maladif n'ayant pourtant pas tant que cela à dire.
Ce film, c'est ça : un Christophe Barbier show stupéfiant de prétention, visiblement persuadé d'être brillant alors qu'il n'est un ahurissant pensum pseudo-intello, bavard au dernier degré, développant un regard assez pathétique sur la politique de l'époque (nous sommes peu de temps après l'affaire Dominique Strauss-Kahn). Répliques hors-sol, lunaires, dans une logique théâtrale jusqu'à la caricature, où tout le monde a l'air tellement content de lui que cela en devient presque indécent. Mais aussi fascinant de voir qu'un tel projet a pu voir le jour, a trouvé quelques rares salles de cinéma pour le diffuser. Avec, quand même, quelques conflits, disputes entre amis, de couples, sans jamais déboucher sur quoi que ce soit d'un tant soit peu intelligent, pertinent, avisé sur le monde d'aujourd'hui.
Comme si ces quatre personnages n'avaient jamais foutu un pied dehors, pris un cours de sociologie, se contentant de lancer quelques idées (rarement bonnes), comme s'ils n'imaginaient pas un instant les problèmes du « français moyen » (ô surprise : ça doit être le cas). Un monument d'entre-soi, de vanité, de prétention, à l'image de prestations pathétiques, où Benjamin Biolay rivalise joliment de médiocrité avec l'homme à l'écharpe rouge. Avec, en point d'orgue, un final presque irréel, totalement en rupture avec le « propos » du film, comme une sorte de « happy end » surécrit et, avouons-le, presque touchant de naïveté. Bref, Nanarland ne s'y est pas trompé, en en faisant presque une sorte de parangon du genre et l'intégrant même dans certains extraits sonores : il faut dire que Christophe Barbier osant la métaphore (et quelle métaphore : « Quand tu me regardes, tu ne trouves pas que je ressemble à un canton suisse ? » pour revendiquer sa neutralité politique, c'est au moins aussi bon que du Chuck Norris à son heure de gloire. Du très grand (nan)art, à voir (mais alors vraiment pas plus d'une fois!) pour le croire.