Yet, another documentary from Netflix....
Bon, soyons clairs, il y a deux manières d'écrire un commentaire sur ce documentaire, sur la forme, ou sur le fond.
Sur la forme, pas grand chose à dire, c'est pro, assez dans la tendance des documentaires étasuniens qui florissent sur les plateformes. Un sujet fort, de l'émotion (beaucoup d'émotion parce que ça fait vendre), un texte final et basta. Pas vraiment d'investigation, mais une scénarisation habile et techniquement irréprochable des faits publics. Dans l'utilisation des médias pour développer le soft power, les étasuniens sont des maîtres, et ce depuis longtemps.
Sur le fond, ça fait mal. Je me décide à écrire sur le fond (ce qui d'habitude n'est pas ma tasse de thé sur Sens Critique dont je considère qu'il n'est pas le bon forum), mais je viens de lire un des commentaires sur ce documentaire écrit par un courageux contributeur qui a désactivé les commentaires, dont je me demande quelle est la motivation à l'exception d'être résolument pro républicain ou simplement lobbyiste de Boeing, ce qui n'a pas grand chose à voir avec l'objet du doc...
Il se trouve que dans ma carrière, j'ai travaillé à deux reprises pour des entreprises étasuniennes. Ce qui est décrit comme mesures de rétorsions internes visant à ne pas 'détruire' de valeur boursière est rigoureusement authentique, au prix de la sécurité si nécessaire. Dans les deux cas, j'ai démissionné écœuré par la désinvolture et les messages biaisés, mais sooooo cools.
Je prendrai un exemple. Lors d'une superbe convention à Orlando, fritos et coca à volonté, on nous présente, comme exemple à suivre, un documentaire sur l'aventure magnifique de South West Airlines et ses réactions lors du 11 Septembre vis à vis de ses employés... Devant mon silence, on me demande mon avis. Je réponds que c'est effectivement exemplaire, mais que je m'interroge sérieusement sur la réaction de notre haute direction si d'aventure, notre action voyait son cours chuter, ne serait-ce que de quelques points. Je suis bien entendu rembarré, moqué, Français que je suis, toujours prêt à questionner la cohérence des valeurs de l'entreprise.
Quelques jours plus tard, l'action a perdu conjoncturellement quelques pourcents à Wall Street. La réaction n'a pas tardé. Une note nous est parvenue nous demandant de mettre en œuvre un plan de réduction de personnel afin de restaurer notre valeur boursière...
La bourse n'est pas fautive, per se, ce qui est problématique, c'est la décision du très républicain président Ronald Reagan de limiter les salaires des dirigeants d’entreprises. Comme il n'y a pas que des demeurés parmi ces individus, se sont développés les programmes de stock options pour lesquels il n'y a aucune limite. La course à l'augmentation de la valeur boursière devient la préoccupation majeure, quel qu'en soit le coût; social, sécuritaire, environnemental...
On peut également s’interroger sur les 62 MUSD versé au président 'démissionnaire' de Boeing, mais ça c'est une autre histoire, que nous partageons également en France.
Il existe également d'excellent documentaires sur la catastrophe de Challenger qui décrivent des phénomènes identiques.
Comme me disait un ami, ancien tunnel rat des Marines au Vietnam; "chez les Marines, on préfère les excuses aux regrets"...
Au final, rien de très neuf, de l'émotion, mais à conseiller quand on ne connait pas trop les arcanes de ces multinationales.