Désirant orienter la Universal vers le cinéma fantastique en adaptant quelques grands classiques de la littérature horrifique, Carl Laemmle Jr donna naissance aux mythiques Universal Monsters avec ce premier essai signé Tod Browning. D'avantage inspirée de la pièce de théatre de Hamilton Deane et John Baldestone que du roman original de Bram Stoker, cette relecture pose déjà les bases du cinéma d'horreur des années à venir, entre expressionisme allemand, pure poésie gothique et horreur suggestive. D'une beauté graphique incomparable grâce à la superbe photo de Karl Freund et à quelques beaux décors, ce "Dracula" souffre surtout d'un rythme sacrément casse-gueule, sa mise en scène théatrale et son absence de musique (le film étant le premier film d'épouvante parlant, cela peut se comprendre) conférant à l'ensemble un aspect somnambulique aussi envoûtant que soporifique. Malgré cela, le "Dracula" de Browning est empreint de véritables instants de grâce (la première apparition du comte notamment) et faisait entrer le comédien Bela Lugosi dans la légende, ce dernier composant un personnage à la fois raffiné et effrayant, à mi-chemin entre l'aristocrate et le prédateur. Rien que pour sa prestation grandiose, le film vaut le détour.