7,5.
La mise en scène est assez maboule [#psychophobie] même si c'est théâtral ascendant cringe au possible. Justement ce jeu un peu forcé cadre assez bien avec ces scènes-tableaux figées dans le temps, de ce château-épouvantail assis sur la montagne, comme dérivé de Wicker Man, à ces scènes d'érotisme + ou moins explicites qui traversent tout le film comme autant de métaphores du désir, de la passion, des interdits, tabous et compagnie dans la haute société britannique du 19e siècle représentée comme verrouillée, surtout pour ce qui est de la condition féminine.
Au contraire de ce que dit le perso de Winona sur son amie noble au détour d'une narration descriptive en voix off, amie qui agit comme un négatif de sa personnalité renfermée, introvertie, analytique, ladite noblesse lui permettant hypothétiquement d'être plus libre et de dire plus ouvertement ce qui lui passe par la tête. Simple pirouette narrative pour introduire le 'path of decay' qui suivra pour cette héroïne rouquine qui incarne la luxure à elle seule (ou presque si on omet le trio de gorgones (sans Zola) du château du Dracool), le cheval de Troie dans la civilisation britannique guindée et coincée [c'est tout moi dans la vie civile de François, ça] et un moyen détourné d'atteindre la virginité intégrale et pourtant troublée - avec Arabian nights comme livre de chevet - de Winona. Une Vierge de Fer dans la contrée de la Dame de Fer.
Du cul certes pour la transgression en apparence, mais aussi pour la subversion des conventions sociales, dans un milieu où les prétendants s'enchaînent et défilent en ordre serré, réglé, sur critères finement établis pour assurer la reproduction sociale, le Comte agissant alors comme un randomizer, un trouble-jeu de ce grand bordel organisé qu'est la vie, opérant ainsi une réintégration de la part d'aléatoire, d'incertitude et de risque dans cette partie de la société particulièrement obsédée par le contrôle. Un avatar de la Fatalité.
Mais aussi un ennemi de l'intérieur, traître à sa religion, à sa classe, à ses ouailles, à sa race (humaine), apostat devant l'Éternel, protéiforme et en fin de compte incarnant le Diable, caché dans tous les détails, avec don d'omniscience et d'ubiquité par procuration, par la possession de corps mortels. Avec son lot de possessions et d'exorcisme obscènes comme chez Friedkin donc, les gerbes de sang et les actes barbares servant à la fois d'exutoire et de sanction. Fight Fire with Fire comme disait Metalliquette.
Dracula n'est pas tant de chair et de sang, car "ce corps n'a pas de vie" comme il dirait [un comble pour un film qui se veut autant charnel, pour ne pas dire carnassier], qu'un véhicule de démonisation, une allégorie de la libération sur pattes. Libération sexuelle essentiellement, avec une potentielle lecture féministe possible [mais c'est pas mon boulot, moi j'ai toujours des chromosomes de misogynie, surtout quand il s'agit d'autorité], mais pas uniquement puisqu'en reniant Dieu il devient son propre dieu. Your own, personal, Jesus, comme disait l'autre.
En se libérant de son propre corps pour incarner diverses individualités il devient + qu'une corporalité, il devient une Idée : l'émancipation, la remise en cause des carcans et leur abolition [relire Anton LaVey et compagnie, dépêchez-vous y s'ra bientôt cancelled pour VSS à mon avis, même si j'pense que la prescription joue en sa faveur]. Pas étonnant donc que sa matérialisation se fasse même à l'état gazeux, d'un gaz pas vraiment hilarant, même si son aspect vert clair fait immanquablement penser à Beetlejuice.
Le casting est tout aussi dingo [#calloutaucancel] même si pas forcément exploité à son max : Kinou Rêve, Anthony Hopkins, Monica Bellucci, Winona Ryder... J'en passe et des meilleurs, tu t'demandes où ils ont trouvé le budget pour tout faire rentrer.
Non le vrai problème c'est que le film a trop à en dire et prend pas le temps de soigner ses enchaînements de plans alors que pourtant il y a matière à + de contemplation sans tomber dans la catégorie du film chiant qui prend trop son temps, justement (toute ressemblance avec Herzog serait purement fortuite). Ça ressemble trop souvent à une juxtaposition de cuts sans avoir cette impression de fluidité, de smooth, qui fait un bon montage. Heureusement c'est pas tout le temps catastrophique mais on sent surtout ce grand rush vers la fin, où une scène chasse l'autre sans forcément cette impression indolore de continuité logique ou graphique.
Je vois mieux où le dernier Nosferatu - le mal-aimé - puise sa dramaturgie, ses côtés un peu forcés à la limite de la limite, sa théâtralité empruntée, avec toutefois ses teintes bleutées nimbées de gris sombre qui lui sont propres et font toute sa personnalité.