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On ne va pas faire semblant, découvrir enfin le Dracula de Browning en 2025 ne se fait pas par recherche du grand frisson. Plus encore que le Nosferatu de Murnau l’année dernière, qui lui possède une véritable mise en scène et des choix artistiques forts, c’est une approche purement cinéphilique qui conduit à se plonger dans cette œuvre désuète.
Voir et accepter des tatous et des opossums de Virginie dans les profondeurs de la Transylvanie, c’est déjà faire un pas aimable vers le film. Tout comme accepter cette absence de bande-son qui ne se justifie que par une production à budget limité et aux contraintes de temps, quand bien même cela peut parfois renforcer l’ambiance sur certaines scènes (mais je suis du coup curieux de revoir le film avec la partition enregistrée par Philip Glass en 1998, tout comme je découvrirais la version hispanophone tournée en parallèle la nuit pour toucher le marché latino-maéircain).
Des pas que je fais volontiers car Dracula a le mérite de ne pas perdre de temps en besogne et d’aller à l’essentiel. L’économie de moyens, qu’elle soit dans les décors ou dans le scénario direct, s’explique aussi par la dimension éminemment théâtrale de l’objet (puisqu’il est une adaptation de la pièce de Hamilton Deane plutôt que du roman de Stoker).
Et en cette qualité d'œuvre qu’il faut avoir vue dans une vie, Dracula ne démérite pas grâce à son interprète principal : Bela Lugosi. Si sa tête et son histoire m’étaient connues (notamment grâce au Ed Wood de Burton), que les images de lui en Prince de la Nuit font partie de la grande tapisserie de la pop culture, c’est autre chose de le voir enfin dans le rôle. Son magnétisme se passe de maquillages et prothèses grotesques pour signifier son emprise hypnotique et sa nature prédatrice. Un simple loup lumineux projeté par l’éclairage, contrastant avec la pénombre surnaturelle qui l’entoure, suffisent à le rendre inquiétant de séduction.
Pour le reste, le film de Browning se tient : quelques travellings qui nous attirent vers les bras du vampires, des chauves-souris et toiles d’araignées qui ne font plus illusion mais gardent un charme bon enfant, et une belle photographie qui joue de l’obscurité.
Il serait facile d’être blasé tant le déroulé est sans surprise aujourd’hui. Mais ce serait renier l’importance capitale du métrage, sa place de pionnier dans le cinéma d’horreur, dans le catalogue Universal qui va s’enrichir des nombreux monstres classiques, et dans son façonnement de l’image du vampire à l’aune de laquelle toutes les oeuvres de ces 95 dernières années se mesurer. Le caractère bestial du vampire dans le roman de Stoker et l’adaptation officieuse de Murnau seront ainsi majoritairement délaissés au profit du modèle aristocratique de Lugosi.
Dracula est une page de l’Histoire qui se découvre sans déplaisir, dépassant in fine la simple curiosité pour s’apprécier tel qu’il se présente à nous : simple mais essentiel.