Ses journées sont rythmées par sa prestigieuse école d'architecture, ses nuits par la webcam devant laquelle elle se dénude pour payer ses études. Émilie a du talent, elle l'utilise pour se bâtir une nouvelle vie après un passé que l'on imagine douloureux.
La jeune femme est mal à l'aise en société. Très peu pour elle les soirées, les lieux bondés de monde. Dans "Drone", on suit un personnage ultra connecté... mais pas au monde réel. Où la trouver ? Elle le dit elle-même, elle habite sur internet. Malheureusement pour Émilie, quelqu'un l'a trouvé via un drone. Et bien dans la vraie vie.
Portée par une Marion Barbeau toute en sensibilité, si fragile qu'elle semble constamment à deux doigts de s'écrouler, Émilie cherche pourtant à se reconstruire après un viol. On comprend au fur et à mesure que le film avance qu'elle ne le fera pas comme quelqu'un de "normal", elle ne l'est plus. A l'image de son choix de lieu pour son projet d'étude, ce sera en dehors des règles, à sa manière.
Émilie observe un phasme avec envie. Comme si elle voulait comme lui, se fondre dans le décor. Pourtant son passé est trop lourd. Comme si elle ne se sentait pas déjà assez différente, elle aime les femmes. Par chance, l'un de ses rares efforts d'intégration paye et elle tape dans l'œil de Mina, une DJ qui a abandonné l'architecture et semble avoir trouvé son compte dans la techno.
Bien que assez secondaire au final dans le récit, la relation entre les deux femmes m'a plutôt touché. Sans parler énormément, Mina accorde une confiance à Émilie, pose sur elle un regard sans jugement, même si l'étudiante lui dit n'être pas faite pour une relation à deux. Par leur amour, Émilie accède à un bonheur qui lui paraissait jusqu'ici impossible.
Alors quand le drone qui paraissait jusqu'ici presque la protéger se montre de plus en plus intrusif, notamment dans leur relation, Émilie se décide à le combattre.
Comme un symbole, elle le vaincra au milieu des miroirs, dans les dédales obscurs qui pourtant la terrifie. Le symbole est beau, surtout qu'on imagine Émilie s'être perdue longtemps dans les sous-sols de son angoisse et de ses traumatismes.
Une revanche bien méritée, surtout après un film assez cruel avec son héroïne, et qui la pousse à plusieurs reprises dans ses derniers retranchements, qu'ils soient physiques ou mentaux.
En quelque sorte, "Drone" porte un message de rébellion. Celui-ci des écorchés vifs de la société, des mis à l'écart à cause de leur passé. Si il le fait avec moins de radicalité, il m'a pas mal fait penser au projet "Pretty Dollcorpse" de Petite Soeur et Femtogo.
Le film semble d'ailleurs mettre en opposition deux styles de musique, la techno de Mina et Émilie, à un thème de piano plus musique classique, celui du Drone. Comme si la modernité d'une nouvelle génération jusqu'ici cachée dans l'ombre de ses traumas, osait enfin se battre pour son droit au bonheur, quitte à envoyer valser des codes bien en place depuis des années.
Après nous avoir plutôt habilement trimballé de fausse piste en fausse piste, "Drone", dévoile une fin très cohérente avec l'ensemble. Notre personnage y a trouvé son compte, mais ce n'était que la guerre d'une personne, que beaucoup doivent encore mener.
"Drone" a été pour moi un vrai bon divertissement, plutôt stressant et dur avec son héroïne, porteur d'un propos lourd de sens. Une vraie réussite pour les yeux et l'esprit. Quelques heures après visionnage, le mien est toujours en train de planer autour de ses thématiques.