Le festival du film français est pour moi l'occasion d'entamer plusieurs filmographies d'auteurs que je ne connais pas, et Alain Guiraudie en fait partie. En terme d'attentes cependant ce réalisateur se démarquait nettement des autres puisque le synopsis farfelu de son moyen-métrage me promettait beaucoup, tout comme les avis glanés ici et là.
Guiraudie démarre son histoire avec une touriste venue de loin pour voir des ounayes, créatures étranges dont elle n'a même pas la certitude de l'existence. Cette recherche quasi mythique sera ponctuée de plusieurs rencontres, à la fois formatrices pour la jeune femme et amusante pour ceux qui apprécient l'absurde.
Bien qu'elle soit amorcée par le scénario, la part d'imaginaire du film prend toute son ampleur grâce à la mise en scène. Le réalisateur a réussi a créer un environnement à la fois familier et distant en effaçant toute trace d'activité humaine du champ. Sans village ni route, la région où se déroule l'action semble être une terre inexplorée mais pleine de charme. Le cadrage renforce beaucoup cette impression puisqu'il fait souvent honneur aux paysages avec des plans très larges. La taille réduite des personnages apparaît alors comme une envie de placer l'homme à l'échelle de la nature.
Si le produit final est bel et bien la fable (ou le conte) qu'on m'avait vendu, je ne m'attendais pas, en revanche, à ce que le film possède des traits rohmeriens. Du langage soutenu à la simplicité de la mise en scène en passant par les personnages profondément sincères, tout me rappelle cet autre cinéaste amoureux des contes. Qu'elle soit voulu ou non, la référence ne gène pas Du soleil pour les gueux. Le moyen-métrage fonctionne de lui même et propose ses scènes bien à lui, comme cette course entre un gentil criminel et un "guerrier de poursuite", ou encore cette scène d'amour toute douce, là, derrière les fourrés...