Entre Tim Burton et Disney, c'est une longue histoire d'amour. Il rentre en 1979 chez Disney et travaille sur plusieurs longs métrages, notamment Rox et Roucky. Mais la noirceur de ses courts métrages et son style macabre ne séduisent pas les producteurs. C'est en 1990, après avoir fait ses preuves en dehors de Disney avec Batman et Edward aux mains d'argent, que Burton souhaite ressuciter un ancien projet, L'Etrange Noël de Mr Jack. Disney, qui détient les droits du projet, voit dans cette collaboration une occasion de renforcer sa réputation dans le domaine de l'animation. Burton ne réaliste pas le film mais ce long métrage marque les retrouvailles entre le réalisateur fantasque et les studios Disney. Il s'attaque aujourd'hui à l'éléphant mal aimé de Disney, Dumbo, et le résultat est saisissant.
Les live action ont la côte chez Disney. En 2017, le studio sortait une adaptation en prises de vues réelles de La Belle et la Bête, un vrai copié-collé du dessin animé, et Aladdin et Le Roi Lion sont attendus pour l'été. Burton a déjà fait ses preuves dans ce genre avec la réécriture très réussie d'Alice au pays des merveilles. Ce n'est donc pas étonnant que Disney refasse appel à lui pour l'adaptation de l'éléphanteau aux grandes oreilles. Tout comme Edward et ses ciseaux à la place des mains, Dumbo est un paria, moqué pour ses oreilles. Il ne trouve pas sa place dans le monde, tout comme Tim Burton quand il est entré chez Disney.
Le réalisateur échappe au remake plan par plan du dessin animé et s'approprie l'histoire originale pour en livrer une nouvelle. Il revisite le long métrage d'animation en créant un nouvel univers, celui du cirque et de ses occupants, qui colle à merveille avec celui de l'éléphant. Holt Farrier (Colin Farrell), ancienne vedette du cirque et veuf depuis peu, revient du front avec un bras en moins. Avec ses deux enfants, il va s'occuper d'un nouvel arrivant, l'éléphanteau Dumbo, séparé de sa mère depuis qu'elle a saccagé le cirque Medici. C'est l'occasion pour le réalisateur d'aborder des sujets difficiles comme la séparation ou la mort. Pas de doute, on est bien chez Tim Burton !
Il convoque également des thèmes qui lui sont chers telle que la peur de la modernité ; le Dreamland de Vandervere (Michael Keaton) est un mélange entre la Chocolaterie de Willy Wonka et Disneyland. Dumbo va devenir une vraie machine à produire de l'argent. Il est victime de l'industrie du divertissement. Les enfants, qui ont une place essentielle dans les récits de Burton, sont souvent des victimes de la société ou des adultes, symboles d'une innocence.
Cependant, le réalisateur ne s'éloigne pas du dessin animé pour autant et reprend même certaines scènes marquantes de l'original comme la berceuse de Dumbo ou la danse des éléphants, d'un réalisme éblouissant. Les effets spéciaux y sont pour beaucoup et ils sont très réussis. Burton construit un univers visuel bluffant, sublimé par la photographie de Ben Navis et les costumes de sa fidèle collaboratrice Colleen Atwood.
Burton ne s'entoure pas seulement d'une équipe technique fidèle mais renoue aussi avec de vieux amis. Michael Keaton et Danny DeVito, inoubliables Bruce Wayne et Pingouin de Batman, le Défi, sont de la partie dans des rôles taillés sur mesure. Le premier campe un magnat du cirque extravagant quant au deuxième, il est Max Medici, un directeur de cirque excentrique. Il retrouve également sa nouvelle muse Eva Green qui interprète une acrobate pleine de charme et signe sa première collaboration avec l'acteur Colin Farrell.
Certes, Dumbo n'a pas l'ambiance gothique de Sleepy Hollow mais est aussi touchant et personnel que ses films précédents. Accompagné par une partition de son fidèle collaborateur Danny Elfman qui rappelle Edward aux mains d'argent, Dumbo fera pleurer les plus nostalgiques. Cependant, la patte de Disney se ressent dans tout le film, jusqu'à la dernière scène, et certains seront peut-être déçus de ne pas retrouver le Tim Burton d'antan. Dumbo n'est sûrement pas le meilleur Burton mais un des meilleurs live action de Disney !