Film bouffe. Space Opera bouffe. Plaisir coupable, ou modèle de film de genre ? Il y a débat. Le film de David lynch est devenu culte pour de mauvaises raisons. Le premier visionnage c’est loin. J’étais ado, et réceptif à ce genre de productions. Tous les ados kiffent le Space Opera. J’en gardais un très bon souvenir. Surtout le final, formidable. Qui allait au-delà du divertissement, vers la mystique pure. Un vrai film de SF mystico-religieux, rien que ça. Culte. Mais le passé c’est une re-création du temps présent. L’adulte est plus mesuré que l’ado. La rencontre au sommet entre le roman d’Herbert, et l’univers lynchien aurait du faire des étincelles. Ça le fait (un peu), au début. Ensuite…
Je pense qu’on ne parle pas assez du facteur X, qui a ajouté son gros grain de sable dans la machine, et pollué les débats. Le producteur Dino De Laurentis. Ah…Dino. Initiateur du projet, plus mégalo que Lynch, mais avec beaucoup moins d’imagination. Il a entravé le réalisateur, qui s’est retrouvé pieds et poings liés, sans director’s cut ; réduit au statut de filmeur, qui voit son travail coupé au montage…dur. Et ça amène à la deuxième partie (du film, et de la critique) :
Tempête du désert dans un verre de sable
Les Atréïdes vs les Harkonnen se battent pour l’épice. C’est la guerre. L’épice c’est une poudre qui permet de voyager à travers l’espace. Qui contrôle Dune, la planète, contrôle l’univers. Dune, planète aride, désert de sable où se trouve l’épice. Les personnages ont des allures de demi-dieux de cinéma SF. Les décors sont stylisés, entre BD heroic fantasy, graphisme de SF classique, et richesse ornementale. Tout pour en mettre plein la vue, et ça en jette. On trouve ça beau, et un peu daté aussi, il faut l’avouer. Le Kitsch est une valeur sûre des années 80, qui avaient tendance à mélanger styles et genres, pour le meilleur, et le kitsch. Si on essaie d’oublier le manichéisme un peu forcé, les dialogues un peu pompeux, ça a son charme. Après tout, on est en 10191. C’est normal qu’ils parlent comme ça.
Les Atréïdes sont du « bon côté » de la Force. Les méchants Harkonnen sont assez grotesques. L’empereur quand à lui, est au milieu et compte les points. Un empereur qui s’appelle Shaddam (Usain) IV ! On se permettait pas mal de choses dans le contexte de l’époque. Et les sous-entendus, les clins de yeux, sont passés au-dessus de la tête du gamin que j’étais, (normal). Des références à la culture occidentale, à l’Orient, féérie des costumes néo-punk ( !), des couleurs fluo, un vrai bazar…mais l’action doit continuer.
Tout ce syncrétisme, culturel et mental va tourner à la caricature d’elle-même. Les fourbes Harkonnen gagnent la guerre. Paul, (Kyle Mac Lachlan), est exilé avec sa mère sur la planète Dune. Son père a été tué. Mais il reviendra avec une vengeance. Et là, tout part en couill…en pouilles, pardon.
Apparaissent des vers géants qui avalent tout. Paul reviendra à cheval sur un gros ver. Devenu messie des Fremens, (habitants de Dune), il revient. Il leur enseigne l’Art du combat, leur donne l’arme suprême : Le cri qui tue. Et là, tout devient relativement simple, comme dans un western post-moderne. Action.
La bataille fait rage. Comme dans un livre dont vous êtes le héros, tu es le héros :
Tu es un soldat Fremens aux yeux bleus. (Bleus à cause de l’épice). Un méchant s’avance. Tu as un pistolet de plomb à la main. Tu vises. Tu cries : HEYY !! Et le gars en face explose(!) par la force de la pensée. Ridicule ? Un peu. Et se serait un effet de style, (un de plus), sauf que c’est interminable. Et les effets mécaniques de l’époque étaient un peu…comment dire. C’est un film de 1984. Les vers me font l’effet de grosses chambre à air sur fond bleu incruste. Interminables. C’était trop beau. Et le meilleur c’est la fin.
Le duel final, (tant attendu), entre l’élu, Paul, et le méchant Harkonnen, (Sting). Il m’aura tout fait, De Laurentis. Car je ne peux croire une seconde, que Lynch ait donné son accord pour une catastrophe pareille. Quand est-ce que les producteurs vont comprendre qu’ils doivent rester à leur place, (derrière), et laisser les artistes s’exprimer ? C’est même plus kitsch, c’est mauvais. Tellement mauvais que j’avais zappé ce combat final de mon souvenir. Dans ma mémoire, la fin était tout autre. Plus belle….
Fin alternative.
Une petite fille s’avance. Résurrection. Elle revient de l’au-delà. Ça a été un personnage secondaire, mi-ange, mi-sorcière, auquel on n’accordait que peu d’importance. C’est la sœur de Paul. Elle est habillée comme une fée des mille et une nuits, à l’orientale. Tout de noir. On lui remet un sceptre, et une planète miniature. Ceci n’est pas un jouet. Se sont les signes du pouvoir absolu. Elle crie. (Cri sur-aigu). La nuit se dégage. Le ciel s’ouvre. Il est bleu. Il pleut sur Dune. Pour la première fois, après des millénaires de nuit, et de sécheresse. Il pleut. Tout le monde se met à genoux. Ils ont compris. Cette petite fille, n’est pas une petite fille, c’est l’Être suprême en personne, déguisé en petite fille. Dans la rubrique, on refait une fin qui arrange le client, voilà ce que je m’imaginais de la fin de Dune. Et je pensais qu’une fin aussi géniale, le film le film ne pouvait être que génial. Culte. Normal. Trop FORT David ! Il a réussit à faire le biopic de l’Être suprême en personne, et déguisé ça en film de SF. Je n’en attendais pas moins de lui. Et ben non…c’était trop beau.
Donc culte, et kitsch en même temps. Bourrin et luxueux. Balourd et génial par moments, tout ça en même temps. Dune ne pouvait accoucher que d’un « monstre ».