Quelle perte de temps ...
Encore une fois la moyenne de Senscritique me sidère. Je conçois qu'il fait partie de ces films tant attendus, attendu comme le saint graal dont même l'immense Lynch s'est vautré (pour des raisons facilement explicables).
Mais le niveau de nullité de l'adaptation de Villeneuve est astronomique.
Impersonnel, plat, aseptisé, anesthésiant, j'en ai marre de ces films standardisés qui n'ont aucune singularité, je mets ma main à couper que la version de Lynch est plus intéressante.
D'abord notons que vouloir esthétiser des décors aussi uniformes, on parle quand même d'une diégèse se déroulant constamment sur le sable, est particulièrement laborieux mais pas impossible, pourvu que le réal se creuse un peu les méninges. Hélas Villeneuve rend ses décors complètement stériles, impalpables, sensation renforcée par le numérique qui rend le tout d'une morosité soporifique.
Et pourtant Villeneuve est loin d'être le dernier des abrutis puisqu'il s'en est plutôt bien servi pour Blade Runner 2049, jouant sur le faste, le chatoyant, des contrastes de couleur collant parfaitement à l'univers avant-gardiste, or Dune lui n'exhale rien, c'est la définition même du vide. Notons que cet esthétisme va aussi désamorcer les feux d'artifice, les guerres qui font l'effet d'un pétard mouillé. Villeneuve a carrément massacré son ver géant qui est tout sauf géant, il n'effraye personne, car non seulement l'esthétisme ne le met à aucun moment en avant, faute à une luminosité faible et l'arrivée de la nuit, je plissais des yeux pour essayer de voir un pixel de la bête, mais le jeu des grandeurs ne va pas jusqu'au bout, plutôt que d'avoir une caméra à hauteur d'homme constante, on l'évince rapidement pour garder une vue aérienne de la bête. Même Skyline, qui est un immense navet, était plus impressionnant sur cet aspect, offrant quelques contre-plongées en intro et à la fin pour ensuite cloitrer ses personnages dans leur appartement de bourgeois étasunien et les laisser contempler la catastrophe, il s'agit d'un navet qui a coûté 10 million de dollars, Dune a coûté 165 million, où se cache la supercherie ? Est-ce les acteurs qui ont empoché le pactole ?
Venons-en à ces acteurs qui ne cessent de m'horripiler : un grand gaillard dont on se fout complètement, de toute façon Villeneuve scelle son destin sans aucun suspens. Un petit jeunot incarnant l'archétype du faiblard destiné à de grandes choses et qui doit se forger pour mieux s'affirmer. Une petite starlette issue de la mode qui s'est dit un jour que le cinéma l'érigerait parmi les plus grands, mais n'a que son faciès univoque de petite minable pontifiante je-sais-tout et je-vous-emmerde-tous pour offrir au spectateur. À titre de comparaison, Kitano, qui dans tous ses films n'a aucune expression, a une palette d'émotion exorbitante. Kitano n'a aucun talent d'acteur et pourtant il fracasse toute la clique de ces misérables histrions frivoles adulés par des êtres qui ont un besoin immédiat d'identification.
On s'identifie aux personnages qui nous représentent spirituellement.
Dans Dune les personnages sont des marionnettes, des objets mécaniques archétypaux à l'esprit annihilé qui ne représentent rien.
Zendaya est présenté comme un personnage secondaire et qui pourtant, introduite dans les réminiscences éminentes de Chalamet, la hisse parmi les plus importants de par son aspect "symbolique" (j'insiste sur les guillemets), à partir de là on devine déjà les prémices d'une relation amoureuse complètement bidon qui sera développée dans le second opus, mais déjà nous avons les fameux bégayements, regard éperdu.
Nous avons souvent hué Lynch dans la mise en scène des combats extrêmement kitsch, mais qu'on ne vienne pas me faire croire que chez Villeneuve c'est mieux, c'est tout aussi ringard et inefficient, je dirais même que ça produit l'effet inverse. Déjà le montage surcoupé maladroitement dessert les combats, mais en plus nous ressortons de la salle sans comprendre vraiment la particularité de ces combinaisons protectrices.
D'ailleurs ça permet de rebondir sur un autre problème inhérent au genre, ceux qui déploient des gadgets, des concepts surhumains détruisent les limites qui permettent de garder une forme de tangibilité à l'univers, sinon ça laisse place à de multiples deus ex machina : personnage principal qui peut contrôler un individu par la parole, pouvoir lire dans le futur ...
Ensuite il faut absolument évoquer la volonté d'intensifier les enjeux mais qui ont l'effet inverse escompté. Le coup du ver géant qui se réveille parce que nos deux personnages ont marché sur du sable tambour c'est ridicule. Faut-il produire un décret pour condamner tous les artistes qui relancent les enjeux par le biais d'artifices prévisibles et pathétiques ? Parce qu'il y en a pléthores d'exemples bidons de ce type, le vaisseau qui se brise une papatte au dernier moment et empêche l'extracteur d'épice de partir alors qu'un ver arrive imminemment c'est le niveau zéro absolu de la tension. Non seulement on le voit arriver comme un éléphant, mais nous donne l'impression d'être pris pour des abrutis.
Cette sensation est renforcée par le manichéisme navrant qui découle de l'univers, aucune nuance, on nous présente des méchants caricaturaux. De gros obèses hideux prêts à nous avaler tout cru, nom de Dieu on ne peut pas faire pire en terme d'écriture de personnages. Mais le pire n'est pas là, il réside autre part.
Les enjeux, les conflits entre les deux camps ne fonctionnent pas. Cette friction devient très vite superficielle donc malgré l'implantation des personnages Atreides dans le malheur, le désespoir de la guerre, nous ne cessons de nous répéter que le conflit est tout sauf tangible. Cela ne veut pas dire que c'est de la SF fantasy que ce doit être forcément impalpable. On n'y croit pas d'abord à cause de ces méchants caricaturaux, mais surtout, comme à l'accoutumé avec ces fichus blockbuster pas divertissants, dû à sa conventionnalité et une linéarité consternante de la diégèse. Si le bouquin était similaire, alors je ne vois pas pourquoi Villeneuve ne s'en émanciperait pas pour offrir une vision plus neuve, et personnelle. Mais nous n'avons que l'inverse.
Comme d'habitude je ressors déçu de ces objets inintéressants acclamés par la critique, le minimum syndical c'est d'être au moins diverti, or c'est totalement soporifique. Je n'attendais absolument rien de Dune, mais il est indéniable que nous avons connu Villeneuve dans de meilleurs états.