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Le nouveau film de Christopher Nolan est à la fois un abandon et un retour aux sources. L’abandon d’un univers qu’il ressasse depuis un moment déjà : la science-fiction. Ici il n’est plus question de métaphysique, de strates mentales ou de magie. C’est bien un retour sur Terre qu’effectue C. Nolan. En chemin, il n’abandonne pas la dimension qu’il préfère : le temps. Il est au centre de tout, il scinde toutes les ambitions de C. Nolan pour mieux les allier. En cela, nous sommes en terrain connu. C. Nolan continue de s’amuser du spectateur avec des détails posés ici et là qui auront tôt fait de dévoiler leurs secrets au fil de l’intrigue.


Trois lieux, trois temps. La plage et sa semaine de siège. Le « little ship » et son jour de gloire. L’aviation et son heure de bravoure. Un objectif : retrouver l’unité de temps et l’unité de lieu. Comme à son habitude, C. Nolan déconstruit la narration le long d’enchevêtrement d’évènements. Néanmoins ces détracteurs lui accorderont ceci : sa déconstruction est ici plus subtile et moins tape-à-l’œil que par le passé. Elle sert le récit, ou du moins n’est pas un élément qui l’alourdit. L’ironie est alors de constater que sans ses artifices plus ou moins efficaces, C. Nolan s’engouffre alors dans une narration relativement plate. C’est probablement le reproche le plus évident que l’on peut témoigner à l’égard du dernier né de l’écurie Nolan : bien qu’efficace, le nouveau Nolan une fois ingérer se montre vain. Pas de quoi bouder un plaisir consommé en IMAX, mais une déception pointe le bout de son nez. On était en droit d’attendre plus qu’un récit « historique » efficace.


Autre déception, cette fois-ci à l’encontre des éternels films de guerre américains qui oublient l’Histoire qu’ils veulent révéler au monde. Pourquoi faire si peu mention des Français qui constituaient 1/3 des forces en présence sur la plage. Sans se montrer chauvin, il y a une forme d’amertume à voir un final sublimer le discours de Churchill (celui-là même qui avait ordonné à ses troupes d’abandonner Belges et Français), et de ne pas faire mention des deux compagnies françaises qui de leur sang ont donné 5 jours de répits supplémentaires sans lesquels rien n’aurait été possible. Ces deux compagnies, capturées ou tuées, le film en fait à peine mention. Le dernier quart d’heure patriotique, est, à la lumière de ces quelques évènements, entouré d’ironie.


Pardonnez-moi ce sombre aparté, mais il me brûlait les mains. Revenons-en au travail du papa du chevalier noir. Comme on l’énonçait quelques lignes au-dessus, c’est en IMAX que Nolan déploie sa virtuosité. Accompagné de son obsession pour un réalisme exacerbé, et d’un 70mm qui rend chaque plan d’ensemble majestueux (on remercie Hoyte van Hoytema pour son travail), l’immersion est à son paroxysme. Les balles émettent un claquement sourd que seul le chuchotement de la mort peut accompagner. Les hommes contemplent l’océan dans toute sa dualité, à la fois échappatoire et funeste condamnation. L’ennemi ne se montre jamais, mais il pèse de tout son poids en hors champ. 800 000 hommes qui viennent écraser de leur impérialisme l’espoir de nos « héros ».


L’horizon semble alors lointain pour ses centaines de milliers d’hommes qui entendent et attendent l’horreur. Comme pour accompagner chaque homme à l’écran et leurs paranoïas latentes, les lignes de fuites sont rarement droites le long du métrage. À tel point qu’il est impossible de songer à une coïncidence. Elles se montrent troubles, obliques, verticales, s’inversent au gré des éléments ; elles accentuent la claustrophobie d’un cockpit d’avion trop petit pour Tom Hardy (toujours excellent) ET le spectateur ; elles étouffent des hommes déjà au bord de la noyade au fond des cales. Encore une fois l’ailleurs, l’espoir, le renouveau est hors champ. C’est la grande réussite de Dunkerque, oppressé au-delà de l’oppression, dans les méandres traumatiques de l’esprit.

Westmat

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