E.T., c'est l'enfance. Je peux en témoigner et, pourtant, je n'ai pas vu ce film à l'âge moyen auquel la plupart des spectateurs semblent l'avoir découvert (du moins en avais-je un vague souvenir, assez déchirant d'ailleurs). Ce n'est pas non-plus, contrairement à ma maman, le premier film que j'ai vu au cinéma à sa sortie en 1982, mais plutôt un film que je viens de découvrir, à un âge, justement, où la magie s'est éteinte pour renaître de ses cendres avec des films comme celui-ci. Mais c'est bien là que réside la force de Spielberg et d'E.T., d'être capable de ramener n'importe qui à cette époque éphémère de la vie, d'unir des individus de n'importe quel âge pendant deux heures, le temps de laisser la magie opérer et ses poussières d'étoiles intergalactiques s'éparpiller délicatement sur nos yeux, notre âme, et notre cœur.


Le temps du film, j'ai eu la sensation de revivre une période révolue de mon existence, de la voir prendre forme innocemment dans cette démarche des plus louables de vouloir muer le regard cruel de l'adulte en celui de l'innocence absolue et illusoire, évanescente, de réveiller l'enfant qui sommeillait en nous et que (peut-être) on croyait éteint, de le laisser brièvement reprendre ses droits, naturellement, sans même qu'on se soit rendu compte qu'il s’immisçait dans notre esprit et éveillait en nous des ressentis qu'on croyait enterrés.


E.T., c'est l'histoire bien connue d'un extraterrestre inoffensif et rabougri qui atterrit sur Terre avant d'être abandonné par ses pairs, et auquel on va s'attacher jusqu'à son départ bouleversant. C'est l'histoire d'une amitié intemporelle : celle d'un petit garçon solitaire et d'un être de l'espace qui va transcender les barrières raciales et le sauver, tout bonnement. Le sauver de l'âge ingrat, du monde adulte froid, l'empêcher de se métamorphoser en l'un de ces monstres sans pitié que peuvent être les adultes, l'empêcher d'être amadoué par le sérieux, submergé par la gravité, en lui donnant le plus beau des cadeaux : l'amour d'un petit cœur phosphorescent sous une poitrine endolorie.


E.T., c'est la merveille de l'enfance, livrée intacte. C'est un retour au temps où l'on était encore capable de braver l'inconnu, de partir à l'aventure, de s'inventer milles histoires sans jamais s'en lasser et de les revivre encore et encore, comme pour se protéger du monde alentour, du monde réel duquel on n'était pas encore prêt à s'accommoder et qu'on préférait fuir dans des rêveries fabuleuses en des terres fantasmagoriques et improbables, où tout était possible du moment qu'on y croyait : le temps ne nous avait pas encore avalé tout cru, et la désillusion n'était qu'une légende insaisissable. E.T., c'est le triomphe de l'enfance qui l'emporte sur la raison et nous propose de regarder avec notre cœur, de reconstruire les ruines du passé en un lieu dans lequel les adultes, silhouettes terrifiantes, innommées et sans visages, erreraient comme des figures du mal, comme des promesses concrètes de ce qui pourrait advenir de nous si l'on ne persistait pas à y croire : c'est possible, le scientifique à la fin, lui, rêve toujours d'aller dans l'espace et de croiser des visiteurs venus d'ailleurs.

Lehane
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le 10 juin 2014

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Lehane

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