(Ecrit le 14 décembre 2025)

E.T. est un film qu'il faut voir en salle au moins une fois dans sa vie. On le jouait aujourd'hui au Grand Action, une belle salle du Quartier Latin, dans le cadre d'un des nombreux ciné-clubs dont les Parisiens cinéphiles ont la chance de profiter chaque week-end. Je vais habituellement à ces séances pour découvrir des pépites que je ne connais pas, mais pour E.T. je me devais de faire une exception…

La salle était pleine, avec évidemment beaucoup d'enfants accompagnés de leurs parents, des papas et mamans eux-mêmes suffisamment jeunes pour n'avoir pu découvrir le film en salle en 1982. Avant la projection, l'organisatrice a d'ailleurs fait un petit sondage : "qui n'a jamais vu ce film ?" - peu de mains se sont levées - "et qui n'a jamais vu ce film en salle ?" - et cette fois c'était plus de la moitié du public. Pour ma part, j'ai découvert ce film le jour de sa sortie française, le mercredi 1er décembre 1982, dans la grande salle du Pathé Jaude à Clermont-Ferrand. Ce cinéma a récemment disparu, mais pas les fantômes bienveillants que ses beaux projecteurs à pellicule argentique ont logés pendant des décennies dans les crânes émerveillés d'au moins deux générations de cinéphiles de tous âges.

J'avoue que j'avais un peu peur d'être déçu. La dernière fois que j'ai vu E.T. en salle, c'était en 2002, pour la sortie de cette infâme nouvelle version, affreusement bricolée numériquement, quel massacre, quel triste souvenir ! Heureusement, Spielberg a fait amende honorable depuis, regrettant cette erreur : il avait seulement suivi une mode, après la retouche numérique des premiers Star Wars… Cette version proprement sacrilège est depuis longtemps retirée de la circulation et c'est une excellente chose.

Mais quand même, malgré ce retour aux sources de la version d'origine, j'avais peur que la magie n'opère plus ou même juste un peu moins, je ne sais pas si je l'aurais supporté… C'est exactement le contraire qui s'est produit : heureusement qu'une salle de cinéma est obscure et que vos voisins ne voient ni votre visage, ni vos larmes ; d'ailleurs ils ne s'occupent pas de vos émotions, tout emplis qu'ils sont des leurs… Une salle entière prise d'empathie pour un petit être difforme, seul et apeuré, à 3 millions d'années-lumière de chez lui, c'est une expérience que seul le cinéma peut nous faire vivre ; je ne m'en rappelais plus très bien, j'ai repris un bonne bouffée de bonheur nostalgique cet après-midi, même plus forte que par le passé, car le cœur, comme tous les muscles, s'amollit quelque peu l'âge venant, cet âge suffisamment avancé maintenant pour m'avoir permis de découvrir E.T., le tout nouveau film de Steven Spielberg, il y a 43 ans… quarante-trois ans vraiment ? Dans quelle galaxie le vaisseau de ce petit lutin est-il parvenu au bout de tout ce temps ?...

Le film fut longuement applaudi, puis les gens sont restés pour écouter l'organisatrice expliquer au jeune public qu'il s'agissait d'une ode à la tolérance, à l'amitié fusionnelle malgré les différences. Elle a aussi, toujours avec des mots simples, su décrire le beau travail de la lumière et de la photographie, en s'appuyant sur de magnifiques images extraites du film. Le public posait beaucoup de questions, chacun participait, des réflexions fusaient et les enfants n'étaient pas en reste, aussi touchés par ce spectacle que l'avaient été leurs parents. Alors il y a une chose que j'ai comprise : lors de la scène d'adieu, quand E.T. pointe un long doigt sur le front d'Elliott et déclare "Je serai toujours là", ce n'est pas seulement au jeune héros qu'il s'adresse, mais bien à nous tous… Il y a 43 ans, ce sorcier qu'est Spielberg le savait déjà, il avait compris qu'il tenait là un chef d'œuvre, un récit simple mais bouleversant, qui allait profondément émouvoir ses contemporains, puis les générations suivantes, un des films grâce auxquels on retiendrait son nom pendant longtemps, très longtemps. Plus de quatre décennies après, E.T. est toujours là, dans la tête de millions d'amoureux de cinéma : des vieux comme moi qui l'ont revu en pleurant pour la dixième fois, et de très jeunes cinéphiles qui l'ont découvert aujourd'hui, qui l'ont accueilli dans un coin de leur petite tête de Terrien, qui sans s'en rendre compte se sont fabriqué un beau souvenir qui sera toujours bien vivant dans 43 ans et au-delà.

Koechel525
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le 26 déc. 2025

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Jean-Luc MARTIS

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